Le 03 Fév 2009, par Laurence Benaïm
Une bague "grenouille" de Delfina Delettrez, l'une des deux pièces de la créatrice, récemment acquises par le musée des Arts Décoratifs de Paris
Des moments doux et lointains surgis d’un monde familier, où je suis pourtant l’étrangère, la voyeuse, la passagère. Se dire qu’il y a une voiture de police, donc que c’est bien là. Entrer dans une synagogue par l’escalier qu’empruntent les enfants pour aller apprendre l’hébreu, apercevoir dans l’embrasure d’une porte, des plateaux de figues et d’amandes, monter les marches quatre à quatre, parce qu’on est en retard, et surprendre là, une autre vie, un autre monde, où le temps s’écoule, éternel, fusionnel, millénaire. Parce que cette école ressemble à toutes les écoles juives du monde, sans doute, avec les enfants, le vieux rabbin, les femmes, les portes fermées, les prospectus pour les rencontres, les conférences, comme « qui sont les post sionistes » ou « comment faire la paix?». Sortir, saluer le garde, se retrouver dans la rue, entendre sous ses pas la glace se fendiller, observer ce ciel noir qui a fini par absorber la rue toute entière, choisir des roses, s’offrir du blush en pétales, entrer dans la pharmacie de quartier aux allures d’apothicairerie, attendre qu’une femme blonde ait fini de se demander si le Sargenor en ampoules est plus digeste que l’effervescent car elle ne supporte pas le goût de la limonade, et regarder le temps se rayer encore, être posée là, comme les dentifrices et les vitamines, sous cette lumière blanche qui vous dévalise toute l’énergie restante. « Helianthème : paniques, terreurs, cauchemars, vertiges/ quand on se décompose : apaise la détresse, réunifie, recompose, donne le courage d’affronter ». « Houx/ Holly : jalousie, envie, colère, soupçon, amour, compréhension, pardon ». Complément alimentaire. Tenir hors de portée des enfants. Ne pas dépasser la dose indiquée. Les 9 Flacons de Fleur de Bach sont là, comme des notes sur une partition contemporaine appelée crise, nouvelles fioles anti-stress pour identités en quête de hauteur. Moins biologiquement correcte, mais tout aussi intense, la lecture quotidienne d’un livre où je circule comme sur un fleuve sans fin : « Le ramassement de soi » de Paul Nizon. (Actes Sud) .« Ramassé est un mot que j’adore, il a pour opposé l’état de dispersion ».
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