Le 23 Jan 2009, par Laurence Benaïm
Système d'aération douce par renouvellement d'air, par Philippe Rahm, Carte blanche 2009 du VIA
« S’évader dans un film, ce n’est pas comme s’évader dans un livre. Un livre vous oblige à échanger avec lui, à faire travailler votre intelligence et votre imagination, alors qu’on peut regarder un film-et même y prendre plaisir- dans un état de passivité décérébrée ». (Seul dans le noir, Paul Auster, Actes Sud, 2008). Cela dit, la vie est parfois un téléfilm, une sorte d’histoire dans laquelle on cherche en vain la télécommande en croyant qu’il y a plusieurs programmes. Il y a des journées comme ça, qui commencent par vous prendre à la gorge, parce qu’entre le pape qui annule l’excommunication de quatre évêques intégristes –dont un négationniste- et le reportage fumeux d’un journaliste faisant dire à un gazaouite que des soldats israéliens « riaient et crachaient » en le voyant porter son petit frère agonisant, on voudrait refermer les rideaux, oublier cet étau qui se resserre chaque jour, dans ce chaos où la bête noire, se dessine sous les traits du juif arrogant, cupide, assassin d’enfants. Puisque c’est contre ces démons que nous nous cognons, dans l’indifférence moite de cette matinée commencée presqu’à l’aube, dans le RER en direction du Parc des Expositions. Une grosse dame tombe avec sa valise. Un père de famille lit le Canard Enchaîné, au bord un obèse dont le fil de l’Ipod m’évoque un cordon ombilical serpentant ses terrasses abdominales gélatineuses. Un homme lit le Coran, je lui souris. Tout s’efface dans la vitesse, les lettres, les pages, les souvenirs, nous ne sommes plus qu’une masse coagulée d’êtres bientôt aspirés par l’air glacial. Flic flac floc sous les parapluies géants des chefs d’agence et des vendeurs de moquette affluant en masse vers les comptoirs d’accréditation de Scènes d’Intérieur, dans ces halls où le luxe se rhabille de destins scénographiés, paradis individuels aux maisons tour à tour coloniales ou champêtres, stands de l’idéal domestique dans lesquels on vient chercher, entre les méridiennes, les meubles de métier en bois frotté, les tables dominicales, tout ce qu’on a perdu : la conversation, le temps, les amis. Des piètements en tronc d’arbres nous confirment que nous sommes quelque part dans une forêt enfouie sous ses rêves bio aux couleurs de soupes et de bougies artisanales. Un hall de plus, un cookie à 5 euros « cher me dit la vendeuse dans sa caravane orange-et la navette Savac pour le Bourget, s’élance parmi les vagues, sur cette route grise qui conduit à la modernité. Confiture de cerveau, me voici dans l’antre immaculée de Philippe Rahm et de ses « terroirs chimiques, électromagnétiques et physiques deterritorialisés », sorte de remake involontaire de Mon Oncle, que parent la lampe grimpante de Joran Briand, la poubelle Tri 3 de Constance Guisset, l’Air Chair de Samuel Accoceberry... Dehors, le vent se déchaîne. Un mail de mon ami Matt, me dit que rien ne se vend à New York et que tout le monde est « viré ». Cinématique des mouvements ? J’ai l’impression d’être dans la pub Crunch que j’aimais tant enfant.
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