Le 06 Oct 2008, par Laurence Benaïm
Défilé LOUIS VUITTON printemps été 2009 par Marc Jacobs - Défilé LANVIN printemps été 2009 par Alber Elbaz
©DR
« You look gorgeous.. » Il est 19 heures et des poussières quand Mathilde Agostinelli, dans sa robe de plumes laquées descend le grand escalier de l’hôtel particulier où Miu Miu organise depuis plusieurs saisons son défilé. On se bouscule un peu comme avant une première de théâtre. Kappauf porte un blouson de paillettes noires, et semble croquer un fume-cigarette, on entend parler russe, japonais et parigot. Agenouillée en baskets, une fille de rédactrice confie « On a essayé de faire une embrouille à l’invit… » Saison hautement schizophrénique que celle-ci, écartelée entre le power pant et la mini, l’escapisme couleur de chair et de nuages (les doudounes cumulus de Moncler), et le retour à une actu amochée par le krach, la violence, surgie là où on ne l’attendait pas. «Des mannequins se sont fait tirer leur sac à la sortie du défilé Galliano. Des voitures ont été vandalisées à la masse. Non, mais quelle idée d’aller faire ça dans un atelier de la Ratp, près de la Villette. Un vrai coupe gorge ». Le 6, 8 Sente à Bigot, restera comme l’adresse maudite du week end, alors que l’euphorie des shows Hermès, Vuitton, Lanvin, est comme rattrapée par l’encombrante réalité du quotidien : « Nos nouveaux actionnaires sont des ploucs. Je leur explique que je dois aller chez le coiffeur pour aller à un bal qui a coûté dix millions d’euros. Ils ne comprennent rien. Ils ont des semelles en élastomère. » .
Le reste fait figure de délice. À savourer comme une farandole de macarons sur une assiette de vermeil. On commence par le défilé Louis Vuitton. Cabaret bohème, lesté de bracelets de bois et de bakélite, pour un hommage très St Lolo, à toutes les Loulous du monde, les Dames du Bois de Boulogne version 2009, magnifique aller retour de Paris à Hollywood, sur un air de french comedy où Blondie retrouverait les belles d’Antonio, sur un air de glam, de plumes, et de lipstick forever. Une gamme intense de roux et de bordeaux , des jeans taille haute, des pois, des plumes, des falbalas bien reproportionnés, des ceintures obi de cuir et de python aux couleurs de pierres précieuses, des sublimes sandales à pompons, et l’opulence est là, acidulée par quelques notes qui la désembourgeoise, dans un tourbillon de robes patineuses soviétiques, de petits caracos barococottes, et de mini jupes à voilette très suggestives. On aime. On adore. Jusqu’au bout du monde. Loin de toutes les impostures des postures sans dieu ni maître, vues parfois cette semaine, des abracadrabrantes silhouettes qui ne mènent nulle autre part qu’à l’ego de leur créateur, juste omnubilé par le trio dévorant du « ME, MYSELF, and I ».
Autre choc, autre émoi. Le défilé Lanvin. Rendez vous dominical célébré dans l’ombre qui éclate au grand jour. Un soleil noir. Une blouse jaune sur une jupe noire. Et puis soudain, toute une histoire qui prend forme devant nous, avec la sensation que ces robes ont été drapées par un vent coloré, gazar rose shocking ou soie imprimée. Rien ne semble repassé, trafiqué, tout part d’un geste, d’un élan, d’un trait devenu volume, pur souffle de lumière et de désir. Les nœuds amples, généreux, se confondent avec les plis d’une blouse qui ondule dans le mouvement sans début ni fin d’une démarche entièrement libre, affranchie de tout. Comment fait il donner à une veste de faille l’aisance d’un grand gilet d’homme, à un casaquin de satin, celle d’un tee shirt ? Les cailloux de strass brillent comme des gouttes multicolores à la surface d’un torrent. Les stilettos ont revêtu leur habit de lumière. C’est la cosmétique Lanvin par Alber Elbaz. Des a-plats de couleurs comme froncés sur un corps nu, l’essence d’une couture ramenée à sa pure définition, l’amour d’un corps en marche. Magistral.
L.B.
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