Le 20 Jan 2009, par Laurence Benaïm
Soulier CÉLINE, collection printemps-été 2009
Pourquoi donc parler de lui dans un site spécialisé de mode ? Sa chemise bleu pâle, sa cravate rouge, son pardessus de cachemire bleu encre, n’auront été que l’écrin tissé d’un homme dont la force est d’opposer à la loi du paraître, la sienne, cette vérité qui jaillit de lui toute entière, dans l’immensité d’une voix, d’une allure parfaitement maîtrisée, sans fausse note, sans tic, la fluidité absolue d’un sentiment qui se répand dans la foule et l’élève, le hisse comme un être d’exception, un homme acclamé comme un héros par l’Amérique redevenue le Nouveau Monde aujourd’hui, et le monde le célébrant comme le Messie au dessus du chaos, des crises, de ces tremblements de haine et de méfiance qui agitent la planète en proie au chaos. Pourquoi, parce qu’avec lui la promesse de résurrection devient un appel de beauté, un défi à la laideur de tout ce qui entache le monde. En opposant l’espoir à la haine, en renouant avec l’histoire d’un continent dont il recolle les morceaux d’une identité brisée depuis tant d’années, Barack Obama nous met tous à nu. Et sous ce ciel bleu de Washington, c’est avec lui que nous voulons croire. C’est avec lui que nous oublions ces portions de haine quotidienne servis par la presse, ces SMS largement diffusés à Nice le 17 janvier dernier : « (…) Ramène pierre, galet, baton ; brise vitre ; prend le dans le bus, outil, fumigène et coktails Molotov. Tou..pour faire la faire à ces juifs etc.schmidt ki se mettent au milieu… ». Et nous voudrions avec lui, oublier ces synagogues attaquées, ces insultes, ces coups, cette République qu’on décapite. À la veille d’un autre anniversaire, -la mort du Roi Louis XVI-, c’est peut être d’elle qu’on aimerait voir vivre et se déployer, dans l’immensité d’une promesse chaque jour noyautée par les vieux démons d’un mal qu’on ne veut pas voir, en se disant que tout ira mieux demain. Qu’il y aura moins de voitures brûlées. Moins de haine et de vitres brisées. Oui, nous sommes tous des Américains ce soir. Nous sommes tous fiers d’avoir à aimer un pays diabolisé pendant des années par les chantres français de l’anti-bushisme, un pays qui se tient si fort devant nous, devant ces écrans qui nous réduisent à n’être que les téléspectateurs d’une histoire en marche, dans une France dont l’idéal rétréci, confisqué par le communautarisme, doit pour se déployer, se réfugier dans un passé momifié, le d’un musée qu’elle est en train de devenir, avec ses œuvres d’art à toucher avec les yeux, et ses gardiens en uniforme un peu lustré. Un musée où le ticket d’entrée ne donne pas accès aux collections, mais juste au droit de frôler ses enceintes, de quoi donner envie aux uns de les défoncer à coup de pierres, et aux autres de partir sur la pointe des pieds.
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