Le 25 Sep 2008, par Laurence Benaïm
Gucci, collection printemps-été 2009
©DR
« Et vous, vous travaillez pour quel magazine », demande, à ma droite, le sosie d’Anna Karina à Giles Deacon, une voluptueuse russe atterrie ce matin à Milan. Un peu engoncé dans sa veste blanche, il répond qu’il est fashion designer. Avec ma voisine, on pique du nez dans notre assiette géante où quatre scampi prennent la pose dans une crema di pomodoro. Diner Tod’s via Savona pour le lancement du film publicitaire « Pashmy Dream », tourné par Dennis Hopper avec Gwyneth Paltrow. L’histoire : une actrice perd son sac, un homme la cherche pour le lui rendre. Dennis Hopper n’est pas là, il est au Nouveau Mexique où il tourne un film. Mon autre voisine écrit pour Style.com ; de l’autre côté de la porte, six cent personnes se préparent pour l’after... Nous sommes déjà deux cent dans la salle, où crépitent néons de fête foraine, épouses volantées et maîtresses, chacune le plus souvent escortée d’un petit homme en smoking d’opérette. Le Sughere di Frassenillo, un vin de Maremme, en Toscane, coule sobrement. L’Américaine ne boit pas. La Russe dit « I prefer champagne » et savoure goulument son Moscato d’Asti. Elle est finalement très drôle. Me dit : « Le problème en France, c’est que vous avez trop de bureaucratie ». Divorcée, mère d’une fille de douze ans, elle évoque la corruption dans son pays, me demande le temps qu’il fait à Paris, dit qu’elle se perd toujours à Milan, parce que toutes les rues se ressemblent. Milan, donc, où je suis arrivée ce matin, à cause du vernissage d’Obsessions à la MEP, la veille, à Paris. L’heure est donc aux « resees » (rendez vous après le show pour revoir la collection), ponctuant l’agenda des défilés et des présentations. La collection Gucci remixe les images de Verushka en Afrique et de Bianca Jagger à New York à la fin des années soixante dix, pour un safari urbain bien mené par Frida Giannini, électrisant les treillis de plateformes lamées bleu lagon et or, criblant les blouses de gros galets d’améthystes et de gourmettes, pour des nouvelles héroïnes d’une jungle urbaine lestées de besaces de python. La nuit éclaire des robes de mousseline bleu Hockney ou mauve aquarius age, dans un remix disco au bord d’une piscine de L.A. L’effet est là, at the top. L’Afrique, un continent un peu tabou à Milan (les seuls Africains qu’on y croise sont en général des vendeurs de sacs de contrefaçon, postés près de la galerie Vittorio Emmanuele), s’annonce être la star de la saison. Cordes et torsades d’inspiration Masaï chez Sergio Rossi, tranches de couleurs rappelant les motifs N’belé, éclats d’orange, de bleu vif, surgis sur fond de terre de lionne et de brousse kaki. Chez Prada, Miuccia Prada renonce à son héroïne glacée de l’hiver pour une créature plus « Koh Lanta », drapant son sarong couleur ficelle autour de ses hanches, portant des sandales de python (sûrement les plus folles de la saison), quelque part entre Mrs Robinsonne et Deneuve dans Le Sauvage. Tout le naturel procède d’un artifice magnifiquement maîtrisé, à l’image de ces robes du soir en soie métallisé or et dont les plis se font et se défont en fonction du geste. Tissus à mémoire pour êtres dont la force est d’en être dénués. Injustice des saisons. Si le luxe de l’hiver est celui du jeu, celui de l’été est celui du corps, que révèlent tout en le parant, ces micro boléros de coton coco faits pour souffler des braises dans une fête afro à Porto Cervo.
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