Le 15 Sep 2011, par Laurence Benaïm
78 artistes, 4 lieux, plus de 13 000m2 : les mensurations de la 11è Biennale d’art contemporain de Lyon. « Défier l’évidence, s’embarquer dans un parcours imaginaire… » affirme Victoria Noorthoorn, commissaire. Une journée, deux jours ? Autant abandonner ses stilettos. Voici nos coups de cœur. Même si l’expo (qui n’est pas dans le programme), à voir d’urgence et avant toute chose est Ainsi soit il, collection Antoine de Galbert, au Musée des Beaux Arts de Lyon. (voir notre post).
A la Sucrière :

Tracey Rose. Mieux que la performance cacophonique à la guitare, la folie carnavalesque d’une Eve peinturlurée dans un décor de Genèse kitschissime, « Lucie’s Fur : The Prelude ».

Aurelien Froment, avec « la tectonique des plaques », une mise en abyme de l’obsession paysagère et touristique avec en toile de fond, la solitude de deux marcheurs en bottes de pluie.

Elly Strik. Pour ses dessins de mutants, réflexion sur la « condition humaine », selon l’artiste née à la Haye, et vivant à Bruxelles.
Robbie Cornellissen, jeux de perspective à la mine de plombs, parcours mentalo-urbain faits d’aplats, de lignes, pour un labyrinthe dont la perfection trace l’absurdité du monde. Epoustouflant.
Roberto Jacoby, avec « le fil rouge de l’Histoire », cet artiste argentin remet en perspective la dimension de l’oubli, de la mémoire, avec une œuvre incisive, toute en mots de plus en plus petits, consacrés aux enfants d’Izieu, et qui interroge chaque visiteur sur sa capacité à retenir et à oublier l’inoubliable.

Eduardo Basualdo. Un jaillissement d’eau noire en continu dans un bassin dont la forme épouse nos peurs.
Au Musée d’Art Contemporain :

Eva Kotaktova. Sans doute l’une des plus belles installations de cette Biennale, avec « the Re éducation machine » , où Fritz Lang et Kafka se disputent un territoire mental de l’absurde codifié par des machines, échafaudages, salles d’isolement au service de l’académique répression.

Fernando Bryce, parcours obsessionnel d’un compulseur de traces et de Unes de journaux, toutes calligraphiées à l’encre du temps.

José Alejandro Restrepo, la dictature par le son : pas de mots, mais des poignets qui retombent lourdement sur le pupitre de la réthorique.

Diego Bianchi, une salle de tortures pour objets de consommation et reliques de garage, bouturés, tordus, dans une forêt de ready made réincarnés à travers l’humour et le grotesque.

Hannah Van Bart. Un retour à la peinture, au trait, qui fait oublier tout le reste.

Marlene Dumas, Idem. Mais quand même pourquoi avoir mis les dessins d’Alberto Giacometti, dans la même salle, mais dans l’ombre… ?

Cildo Meireles, 2500 kilomètres de fil noir se répandant sur le sol, comme les cheveux d’une sorcière retenus par un balai… Puissant.

Elly Strik, encore et toujours elle, un nom qui monte qui monte..
Yun –Fei Ji, métaphore de la tradition paysagiste aux rouleaux peints dénonçant ici les travers de la société chinoise.
L’Usine T.A.S.E
Le voyage est à lui seul une expédition au cœur du désastre industriel Français, décor carbonisé par les vestiges de manufactures à l’abandon et aujourd’hui « réhabilitées ». Ambiance de fin du monde, théâtralisé par les « poulets de gala » aux plumes fluo de Laura Lima pour laquelle les animaux timides deviennent flamboyants grâce à cette métamorphose… Ou encore Jorge Macchi, cet artiste argentin dressant au milieu d’un environnement en désuétude, un mini jardin à la française digne d’un film de Jacques Tati. Encore une fois, une œuvre qui traite du temps et de la mémoire.

Laura Lima
"biennale de Lyon, une terrible beauté est née" jusqu'au 31 décembre 2011.
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