Le 27 Fév 2009, par Laurence Benaïm
Défilé Gucci, hiver 2009 et Burberry Prorsum, hiver 2009
Les défilés de prêt-à-porter hiver 2009 à Milan : des héroïnes néo-victoriennes de Burberry, aux glamazones de Gucci, les silhouettes couleur de brume et de lumière défient la crise.
Pendant les défilés, la black list milanaise compte au moins trois pièges à éviter : se faire empoisonner par des antipasti, être renversé par un tramway, et percuter un garde du corps d’Anna Wintour. Aujourd’hui, alors que les enfants fêtaient le carnaval, dans une ambiance un peu démontée, entre pluie de confettis, concerts de klaxons, et invasion de mini Superman, la voir regagner le Four Seasons, dans ses bottes de veau bleu saphir, à pied, via Gesu, avait quelque chose de surréaliste. La foule qui a envahi la via Montenapoleone n’avait plus rien à avoir avec les apparitions des saisons précédentes. Plus de cache nez, moins de décolletés, plus de duos doudounes-keffieh que de fourrures et besaces en croco brillant auxquelles la clientèle russe avait habitué le triangle d’or milanais depuis cinq ans. Mais pendant la crise, l’euphorie continue. De Giorgio Armani, à Gucci, on n’a jamais vu autant d’habits de lumière, de jeux de reflets, là, dans la scintillance d’un manteau de poney à écailles façon croco, ou d’une robe du soir aux allures de longue tunique éclaboussée de paillettes, içi en touches de plus en plus glam rock pour vamper les ombres maussades du temps. Une vraie glitter parade lancée comme un défi à la crise, par une armée de jambes baguettes à botillons vengeurs.
Des amazones en leggings de lurex et mini perfecto de python vert camélon de Gucci aux héroïnes urbaines de Pucci,- où Peter Dundas signait son premier défilé maison-, c’est du côté de l’artifice que le naturel reprend ses droits. Renard lustré, drapés retenus par des chaînes gourmette, pantalons de daim brodés à motif « Pégase », l’icône du moment est « l’aristocrate rebelle » (Pucci) chevauchant les débris d’une ère post industrielle, de ses cuissardes portées avec des mini robes qui électrisent un premier rang de rédactrices en chef conquises par le miroir que leur tend le créateur, et les assistantes qui trouveront dans peu de temps les répliques chez Top Shop. L’armée des glamazones est en marche. Celle qu’on retrouve encore chez Roberto Cavalli, arpentant avec leurs cuissardes de cuir et mini jupes de cuir à rivets, un podium de laque noire. Clous de strass, fourrures incrustées de pierreries barbares, la tendance est aux lunettes noires, qui justifient des postures plus tendues, des bouches plus carmin et des tempes nacrées, des chevelures rousses plus incendiaires, des règlements de compte terribles sur le podium, des médisances en pagaille au premier rang, dans une course contre l’horloge biologique, qui tétanise parfois. « Non mais tu as vu ses lèvres ? » « Et son visage, elle l’a vraiment trop fait tirer.. » Dans ce contexte, on apprécie le charme plus néo-angélique des héroïnes de Christopher Bailey (Burberry), piochant dans la garde robe masculine (chemise de grand père, pantalons des hommes au travail August Sander..), l’aura d’un parti pris moins guerrier, assez affranchi pour retrouver dans les portraits mêlés de Dorian Gray et de Virginia Woolf, l’esprit d’une histoire nourrie de désirs, aussi douce que les robes de soie créponnée sous les manteaux militaires, une robe de soie comme un bouquet offert sur l’air de Distant Dreamer, de Duffy.
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