Le blog de Laurence Benaïm

Le 21 Nov 2008, par Laurence Benaïm

Bubbleland

  • Visible jusqu'au 4 décembre prochain, le décor éphèmère de la boutique Chopard, à Paris, place Vendôme.

    Visible jusqu'au 4 décembre prochain, le décor éphèmère de la boutique Chopard, à Paris, place Vendôme.
    ©Dufourd/Chopard

Kylie à Dubaï, et nous à Paris. Le CAC 40 est au plus bas depuis cinq ans, mais le film continue. The show has to go on. Sous la pluie et dans les étoiles. Flots de blondes et de champagne place Vendôme hier, pour un happy tour illuminé de franges de néons-diamants accrochées aux balcons, avec petits fours et private happenings pour découvrir les nouveautés serties. « Oh, le pavage est extraordinaire, c’est comme si on avait baigné une rose dans un vrai bain. » souligne la vendeuse de chez Dior Joaillerie, avant de préciser, d’une voix plus fine : « Le modèle or blanc et diamants est à 17000 euros.. » Canapé au Porto et foie gras, jus de poire, petite musique format comptine, les bagues Milly Carnivora aimantent les mots les plus doux : « There is a child in every woman ». Et nous repartons. Bulgari. Chaumet. Chanel, avec un sapin en camélia. Mauboussin, où une cliente et une vendeuse savourent leurs bulles d’or : « À votre santé !!! À votre commande ». Van Cleef,  « Bonsoir Madame, désirez vous une coupe de champagne ?? » Chez Buccellati, étrange présence de trois chanteuses façon brunch TTC au Méridien Porte Maillot. Erreur de casting. Le plus chiquissime des joailliers s’est un peu égaré, mais nous oublions les fausses Sade pour contempler les manchettes en or brossé adorées. On traverse. Chopard, où nous attendent des biches et des renards empaillés lovés dans un décor hivernal, avec tentures de neige en draperies éphémères. Au premier étage, un papillon voltige sous ses ailes de diamants roses et blancs, 63 000 euros.

Taxi pour Bon, rue de la Pompe, où Philippe Amzalak reçoit en l’honneur de Philippe Starck. L’autre troupe est là, un peu cahin chabada. Vanessa Demouy, Alexandre de Betak, Dominique Issermann, qui me parle de son accrochage à l’expo Rykiel.  Nems de légumes et foie gras chaud. Marathoniens des cocktails en transit et belles de Match croquées par Agathe Godard, jambes gainées de noir, et petit carnet à spirale.  Un ami R.P, juste de passage car il doit retourner voir l’expo Picasso, me demande  « Tu ne pars pas à Miami ? ». Je pouffe. Miami Art Basel n’est il pas un peu le Dubaï de l’art contemporain ? la foire de toutes les vanités aujourd’hui tsunamisées par la crise des liquidités.  Il y a des choses qu’on n’ose plus se dire. Plus se raconter. La Russe qui, il y a encore quelques mois,  lançait à un galeriste d’art contemporain, à propos d’une œuvre « 10 000 euros, c’est moins cher qu’un sac Hermès, je ne le prends pas… ». Tous ces mots semblent déjà effacés du disque dur, alors que la pression s’intensifie.  Je repense à Issey Miyake, de passage pour quelques jours à Paris, après plus de deux ans d’absence dans la capitale. Au bar du Crillon, il  me dit : « Avec les idées, on s’en sort toujours » ; il prépare un projet pour 2011, me montre le catalogue de la prochaine expo du musée qu’il a créé. 220 000 visiteurs par an. Merci cher Monsieur Miyake. Merci pour votre devise, que je garde au fond de mon cœur comme un bijou céleste : « Il ne faut pas dire, il faut faire ».   L.B.

 

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