Le blog de Laurence Benaïm

Le 28 Jan 2009, par Laurence Benaïm

CHANEL

  • Défilé Chanel Haute Couture, Printemps-Été 2009

    Défilé Chanel Haute Couture, Printemps-Été 2009

Crise ou superstition? Alors que l’appartement d’Yves Saint Laurent doit être vidé en février pour la vente du siècle organisée au Grand Palais, c’est au Pavillon Cambon, que Chanel convie en deux temps les invités du défilé haute couture printemps été 2009. Bizarre, de revenir dans ce lieu que j’avais découvert il y a une semaine, et où se tenait la cérémonie en l’honneur de Patricia Turck Paquelier. Un blanc chasse l’autre. Un escalier « Cambon » a été entièrement reconstitué, les colonnes sont décorées de camélias géants, sur les petites tables, des nappes de papier découpées ajoutent à la candeur boréale de la première apparition, quelque part, à l’orée d’un voyage vers l’inconnu où conversent des anges et des spectres, dans une ambiance de messe blanche. Dans le silence qui fait claquer les talons sur le tapis de laque noire, on n’entend que le pincement des violes, et le frottement léger des étoffes, retour aux sources d’elles mêmes, de ces tweeds aux allures de toile, dont les galons évoquent des bolducs épinglés dans l’atelier, jeux de faux semblants poussés à la perfection extrême, lorsqu à force de références, de Balenciaga à Courrèges, de Ryman à Zaha Hadid, toutes les lignes se brisent, unies par l’obsession d’un homme qui invite le public à voir ses silhouettes comme s’il tournait les pages d’un livre en apesanteur. Robes de sucre brodé et d’écume, irisations op et travelling cinétique : dans ce royaume immaculé, les porcelaines de Saxe semblent trouver refuge dans un château d’ombres et de météores. Losanges en surbrillances, minerves de celluloïd, cols fraisés d’astéroïdes Renaissance, les silhouettes se détachent comme des papiers découpés dans l’espace, dans une mise en scène extrême des corps aux angles droits, des spirales et des vides, certains volants n’étant prolongés que par leur bordure, en fil. Karl Lagerfeld a ce don pour atteindre l’équilibre, funambule planétaire, au dessus d’un monde dont il a brouillé les pistes à force de toutes les électriser. Cette fois, il dénoue les lignes, dans des a-plats plus conceptuels, qui nous projettent quelque part, dans un ailleurs peut être aussi intéressant que meilleur.

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