Le blog de Laurence Benaïm

Le 08 Sep 2008, par Laurence Benaïm

Chaos doré

  • Parc de Goussay féérique

    Parc de Goussay féérique

Deux mois plus tard… Je reprends ce blog où je l’avais abandonné. Avec plaisir, dans le chaos un peu doré de cet automne tamponné de klaxons et de bruits de vernissages, où l’on hésite encore à mettre du fond de teint , même s’il s’impose avec le rouge à lèvres et les stilettos de rigueur, samedi soir les Tribute pour le rodéo arty dans le Marais, hier soir une paire de sandales vernies à plateforme or et talon baroque YSL, pour la soirée « Les Jardins » au Château de Groussay, donnée par Van Cleef & Arpels à l’occasion du lancement de leur nouvelle collection de haute joaillerie.

Les plus gros acheteurs du monde avaient été invités dans ce lieu où nul ne vit jamais autant de robes du soir, de diamants et de limousines, que ce soir là, sauvé par une divinité joaillière de la pluie qui menaça tout le jour. Au lieu de quoi, les invités, auxquels on remit des souliers de confort dès leur arrivée, purent parcourir l’immense parc hérissé de folies, ces fabriques telles que la Tente Tartare, la Rotonde, le Pont Palladien, la Pyramide, le Temple de l’Amour, la Pagode, autant de folies imaginées dans les années cinquante par un visionnaire, Charles de Beistegui, entouré d’Emilio Terry et de Serebriakov...

« C’était plus qu’un milliardaire... C’était un artiste... » me confia mon voisin, à table, Jean Louis Remilleux, propriétaire depuis dix ans, de ce lieu dont il entretient l’âme et la terre avec une dévotion inspirée, rêvant par exemple de cette serre sous le toit de laquelle nous picorâmes une tarte fine de tomates aux pétales de bourrache, un bar chlorophylle, assorti de riz noir vénéré et de jeunes pousses de fougères, puis un grand soufflé à la cuiller, une cocotte de champignons des bois cuits lentement, et pour finir, des figues aux pétales de rose. Un couple de russes demandait à JLM, « Vous avez combien de jardiniers ? . « Trois, enfin trois plus un apprenti... » .

« C’est tout ? Nous nous avons trois personnes à l’intérieur et nous ne nous en sortons pas ». Un nabab de Bakou alla rendre ses hommages à Catherine Deneuve. Déjà des ukrainiennes scintillantes se prenaient en photos, entre le défilé des mannequins parées de grenats, de tsavorites et de lanternes de diamants surgies dans un jardin de jade et de péridot... Colliers Vicomte, collier Le Nôtre, collier Victoria… On apprenait dans l’après midi qu’un couple d’Atlanta s’était offert une parure. Qui d’autre parmi ces chinois, ces japonais en smoking, ces japonaises en kimono de soie rouge pavot s’offrirait ce liseron suspendu dans la treille et ce coquelicot en serti mystérieux ?

Je fis le chemin du château avec Christian Louboutin, qui me parla de sa nouvelle boutique du Faubourg Saint Honoré, de Mika, de son voyage estival en Syrie... Mes talons s’enfonçaient dans le gazon. Il m’expliqua que jusqu’à dix huit centimètres, le confort n’est pas une question de hauteur mais de cambrure. J’esquissai d’autres pas avec Bruno Frisoni, qui remonta la braguette de mon mini Downtown. Avant le feu d’artifice, une jeune française de Honk Kong, me raconta qu’elle trouvait Paris de plus en plus pauvre et cher. Elle avait parlé avec des russes qui se plaignaient, malgré une fréquentation assidue à « Luxury Properties », de ne rien trouver. « Ils hésitaient entre Monaco, et Portofino... « Je vais monter une agence immobilière spécialisée ». Le bruit des soleils artificiels couvrit nos voix.

Ce furent bientôt des gerbes de saphirs jaunes dans le ciel, des bouquets de diamants dispersés au dessus du lac noir. Jean Louis Remilleux avait disparu. La fête se terminait sur le perron du château, où Stanislas de Quercize, saluait l’ambassadeur du Japon, et d’autres invités avalés par des limousines . « Pour le Ritz, oui, pour le Ritz... » Un mail de mon ami Matt, à Paris pour trois jours, il trouvait que le Régina était trop sale. Où allons nous ?

L.B.

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