Le 07 Juil 2009, par Laurence Benaïm
Défilé haute couture Christian Lacroix
A Los Angeles, des fans de Michael Jackson avouent ne pas seulement pleurer "la mort d’un homme, mais la fin d’une époque". Cet après midi à Paris, au Musée des Arts Décoratifs, une journaliste a déroulé un panneau "Christian Lacroix forever". Un défilé, le dernier ? Non on ne veut pas y croire, tant le couturier semble tracer des rêves sans fin au rythme de vingt quatre modèles, comme revoilés d’ombre, cette pluie fine qui finit par tout rendre plus net, là ou le présent s’écrit avec l’encre des souvenirs. Là où l'énergie des ateliers fait du cataclysme une œuvre d’art vivant, condense l’expression au point de la rendre presque austère, dans une retenue qui transforme un évènement en cérémonie, la demi mondaine en madone. A sa manière, Christian Lacroix met en robes ce que Verlaine avait mis en mots, cette décadence ainsi définie par le poète comme "l’art de mourir en beauté". Mais il est là, si présent que l’émotion gagne la salle comme un murmure. Requiem noir et vieil or, comme autant de silhouettes ciselées au fusain, volumes définis par des épaules, un caban boite, une robe trapèze, avant un prêt à tanguer sur les vagues généreuses d’un drapé, d’une basque bouillonnée, pour ces princesses byzantines, ces filles du feu qui échappent à tout formatage. Là un ruban rose volé à Manet, le craquant d’une duègne de Zurbaran, l’émoi d’une créature inspirée par une Venus de Rachilde. il n’y a rien d’autre que lui-même, CL, là, tout entier, devant cette salle en apnée, cette mousseline ciel, ce grand paletot aux reflets d’orage et cette lumière d’encens, ces veloutés inattendus, ces tourbillons de jais et de strass, ces robes pareilles à des icônes tour à tour profanes et sacrées, dans lesquelles les ouvrières semblent avoir mis tout leur cœur et toutes leurs larmes.
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