Le 09 Jan 2009, par Laurence Benaïm
Soulier CASADEI, avec semelle en corne.
Nous sommes, juifs français, comme enfermés à l’intérieur de nous mêmes, d’une prison où les regards sont parfois comme des pans de ciel qui s’ouvrent, et parfois des flaques d’ombres qui nous assaillent. Je cherche en moi des raisons de ne pas haïr, des motifs pour croire. Malgré les enfants qui meurent et ceux qu’on utilise comme des boucliers humains. Malgré ces tirs de roquette qui s’abattent sur le sud d’Israël, et ces tirs de katoucha qui ébranlent le nord. Malgré les mots. Malgré les morts. Malgré les hurlements et les silences. Les complicités et les feintes, les manipulations et la propagande. Après Dieudonné et Faurisson, c’est à le Pen de mobiliser les ondes, en parlant de Gaza comme d’un «camp de concentration». Je vois des juifs marcher, une casquette à la place d’une kippa, parce qu’ils ont peur. Parce que ce froid de photo en noir et blanc nous replonge au cœur de toutes les solitudes, de tous les abandons. Mon fils de neuf ans est rentré plein de bobos, je lui ai offert une petite radio rouge, il était fou de joie à l’idée d’écouter les informations et les « débats ». Le vendeur n’en revenait pas. Les enfants poussent trop vite, les adultes retournent en enfance, comme si dans ce mirage là, leur vie reprenait un sens, une vérité. Aujourd’hui au Meurice, avec Maximilien Büsser, créateur de montres machines, je remonte le temps, ces après midis pluvieuses en Angleterre, quand il regardait Star Trek à la télé. Comme hier, avec Maurice Ohayon, et ses dîners de shabat à Casa, à 22 autour de la table, sa mère, tailleur pour hommes, qui mettait toute sa fierté à ne pas travailler pour les femmes : «Ca, c’était pour les couturières». Adel Abdessemed veut 100 paires de chaussures pour réaliser ce projet pour Stiletto. Je regarde ce soulier, qui me fait penser à un choffar. Je m’endors en regardant la photo de Michal Rovner, comme des oiseaux qui s’envolent sur un ciel blanc, des lettres éparpillées sur la neige, petits fantômes qui sautent et rebondissent sans fin dans la tête. L.B.
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