Le 12 Jan 2009, par Laurence Benaïm
Sandale à plateforme en galuchat imprimé animalier beige et marron, talon statue couleur ivoire de 15 cm, DIOR
Croisé chez le coiffeur une présidente du luxe, avec son sac Goyard, ses belles de jour Vivier, ses dents aussi blanches que sa conversation se veut animée : de l’autre côté du miroir, je l’entends parler de St Barth, de la jupe et de la robe achetées la veille en solde chez Alaïa – à l’heure du déjeuner-, on la coiffe, on lui peint les ongles en rouge noir, elle est un peu pressée, elle va à la chasse ce week end. Et perd sa place ? Tu parles. Elle a l’assurance des gens dont la position sociale agit comme un répulsif sur tout ce qui bouge, et un aimant sur les actionnaires américains auquel elle renvoie l’image de la Femme française. Vœux, Crise, galette des rois, expos, journalistes à rencontrer, questions réponses, tout glisse, comme sur les pistes de Courchevel où elle a ses habitudes. Rien ne semble l’atteindre. Les souvenirs de vacances de la manucure, le froid, l’éducation des enfants. Tout rebondit sur son visage aussi net que les pare chocs de sa Mini dont le voiturier lui tendra les clefs dans quelques secondes.
À l’autre bout de la soirée, comme à l’autre bout d’un autre monde, Michal Rovner, me parle du couple Foster avec lequel elle doit aller visiter en jet privé le Cern pour une recherche sur les accélérateurs de particules, de ses conversations avec les savants de l’institut Weizman, autour des points communs entre l’art et la science. Chercher l’inconnu. Atteindre ce point ou l’invisible devient visible. Dans son œuvre, les silhouettes filmées, deviennent des calligraphies dans l’espace, sur la pierre, un fond blanc qu’on prendrait pour de la neige, même si tout se dématérialise, si on perd avec elle la notion de l’espace, du temps, dans une collision atomique de la mémoire et de l’imaginaire. Dans cette brasserie où le maître d’hôtel furieux, ne comprend pas qu’elle veut un foie-de-veau-ni-tout-à-fait-rosé-ni-tout-à fait-à point, elle parle, je vois dans ses yeux la lumière, le ciel, la terre, la courbe immense d’un ciel sans fin, où crépitent des étoiles.
Elle me montre une photo, avec les hommes qui viennent travailler chaque jour chez elle, de Ramallah, l’un d’eux, Mousmouss embrasse son neveu sur la joue. Il y a dans ses yeux, l’amour et la détermination sereine d’une femme dont la force est de combattre sans avoir à lutter. Elle me raconte l’armée, et ce qu’elle a vécu après. Elle me dit que l’art n’est pas un temple, qu’il est là où le regard se pose et transmet. Elle me dit qu’il y a des gens qui se trouvent intéressants, mais qu’elle préfère ceux qui « s’intéressent », et les mime, gesticulants dans leur curiosité, souffleurs de rêves. En échange d’une photo, un voisin lui a donné cent oliviers, qu’elle va replanter, dans ce jardin, où il y a un an, des ouvriers israéliens et palestiniens construisaient ensemble Makom, cette maison dont chaque pierre était un morceau d’histoire. En la voyant s’éloigner, je me dis que le luxe est de s’appartenir. L.B.
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