Le blog de Laurence Benaïm

Le 01 Juil 2008, par Laurence Benaïm

L'Essence de soi

  • Christian Dior Couture AH 09 - Look 3.

    Christian Dior Couture AH 09 - Look 3.

Il est six heures du matin, c’est l’heure la plus fraîche, la plus agréable. Les images défilent dans ma tête. Je me suis dit que je ne ferai pas de compte rendu des défilés, et quand on commence c’est comme un fil qu’on tire qu’on tire… Je regarde les yeux de Samuel, 12 ans, que j’ai invité à suivre des collections avec moi, et je me dis que la passion a un futur. Nous nous sommes rencontrés au téléphone, chez Guillaume Durand, alors qu’il appelait pour parler d’Yves Saint Laurent.

Donc, hier, chez Anne Valérie Ash, il était là, regardant les modèles qui défilaient dans ce lieu étrange, constellé de céramique d’or, qui fut successivement une synagogue, et le siège de la gestapo. Géométrie fluide des silhouettes, sous le signe d’un grand écart, le droit fil et le flou, effets d’ellipses décollées, rebasculées sur les reins, carapaces souples, couleur d’air. Juste avant, Dior, avec ses volumes incroyables, d’un post néo new look muglerisé, alaïsé, par John Galliano, jeux de dames sur l’échiquier des volumes dont il a la maîtrise, de corsets de cuir ajouré en basques à repose-main, pour une Lisa Fonssagrives sous l’emprise de Dominatrix. Morphing couture parfaitement maîtrisé qu’ensorcellent les ongles griffes à lunules et les bouches noires.

Ne pas refaire, ni défaire, mais chercher en soi, l’essence d’une vérité, d’un rêve, d’un métier. Giorgio Armani, tel qu’en lui-même, a offert au public réuni au Palais de Chaillot, la quintessence d’une histoire, mousseline aux couleurs de vapeur d’eau, savant dégradés de gris fumée, avec des costumes pantalons, des robes revenues d’un rêve, d’une fascination des années trente. Gowns saupoudrées de fines paillettes, drapés soleil, long cardigan de vison tricoté, il y a comme une concordance retrouvée des temps.

Alber Elbaz, 10h, dans le Salon des Batailles du Crillon, tient salon. Ou plutôt, il présente en toute intimité, sa collection Croisière, qui est aussi la pré-collection de l’été 2009. Il commente les modèles qui défilent devant lui, et sa voix est comme une couleur supplémentaire, un bijou qu’on accroche, et qui vous reste dans la tête. Ce sont des silhouettes fluides que rien n’entrave, « loosen up », avec pour motto le confort, la définition pour lui du luxe.. Post card memory et sportswear en fusion.. Avec lui, même un trench en jean a l’air d’être en soie. Car tout coule, tout respire, les longues jupes s’enroulent comme des paréos, et les tee shirt rebrodés sont comme des accumulations de petits messages d’amour.. Il dit, « quand le service commercial, qui est mon petit ami, me demande de faire une robe du soir, cela finit toujours en cafetan, quelque chose pour rester à la maison, plutôt que pour le tapis rouge.. Alors là, j’ai fait une robe rouge ».

Il dit encore « Pink doesn’t represent the women I love ». Et pourtant le rose est là, qui claque et qui s’ouvre, parfois, plus délicat que l’intérieur d’une rose, dans cette manière qu’il a, à force de « stitch » et de « cuts », de rendre le trait si moelleux, de laisser un espace entre le vêtement et le corps. Un grand pardessus couleur de sable mouvant sur une robe combinaison jaune soleil, des sandales mercure. Comme un mirage. On a l’impression que tout pourrait redevenir un foulard, et c’est aussi cela, la magie.

L.B.

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