Le blog de Laurence Benaïm

Le 06 Fév 2009, par Laurence Benaïm

LE CERCLE MAGIQUE

  • Soulier Dovima, Roger Vivier

    Soulier Dovima, Roger Vivier

Ca commence comme ça, on regarde ses mails pour ne pas écrire. On prend sa douche pour ne pas faire sa gym. On voudrait être là, on est déjà ailleurs. Pendant les travaux, la boutique est ouverte. Et malgré la crise, the show must go on. Hier chez Roger Vivier, croisé Catherine Deneuve en col roulé et lunettes noires, qui montait les marches tendues de moquette corail, elle, dont le nom restera pour toujours associé à cette ballerine de cuir à la boucle de métal argent, cette Belle de Jour, iconique. Inès de la Fressange est là, tee shirt et jean milleraies caramel, il pourrait être rose bonbon qu’elle serait toujours aussi parfaite dans ce rôle d’ambassadrice parisienne, qu’elle incarne avec son talent à apparaître, et à créer en une seconde un cercle magique où elle vous invite, au milieu de ses histoires, de ses souvenirs, de ses flashes.. Elle est là, juste de passage, échappée de son bureau où une journaliste japonaise épluche l'histoire de sa vie..."Dis lui que tu es un trésor vivant!" On parle de Violette (sa fille) et de ses bottines achetées 60 euros qui ont tapé dans l’œil de Jean Paul Gaultier et Carine Roitfeld; l’ordre du jour est la collection Haute Couture Printemps été 2009 créée par Bruno Frisoni. « One is too ». Dans quelle autre capitale du monde peut-on proposer des mules à talons haut "escortées de satin" et de mousseline à smock qui s’emboîtent dans des socques de croco… ? Les souliers ont pour nom « Enrhumée », ou « Crocodile en pot » : « Des fleurs carnivores taillées dans la peu d’un crocodile végétarien adepte du vintage des années trente, submergent deux escarpins déboussolés sans pareils dont on ne compte qu’une floraison par an ». La poésie couturière a ceci de bon qu’elle projette sur les capitales « émergentes », ces reflets d’illusions sincères, que la capitale semble, au quotidien, négliger, à l’image d’une femme qui ne se coifferait plus, ne se maquillerait plus, ne lutterait plus. Entre la petite fille d’un grand couturier, en cdd à mi temps dans un Point Soleil à Barbès, et le directeur artistique d’une grande maison qui se targue de ne jamais consulter les archives, entre les actrices réduites à aller chercher leur portable dans une soirée Nokia, et les "curators" d'art contemporains plombés par leur arrogance, on touche parfois le fond : celui qui justifie bien quelques ciels peints, un florilège de rubans roses et d’allégories de boudoir.

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