Le blog de Laurence Benaïm

Le 22 Fév 2009, par Laurence Benaïm

LES YEUX D'OR

  • Escarpin métal

    Escarpin métal "Very Galaxy", Christian Louboutin, printemps-été 2009
    ©DR

J’avais envie de parler du dîner donné par Azzedine Alaia. De cette électricité qu’il arrive à créer avec des invités qui à minuit se sourient tous, sur l’air de « It’s raining men ». En direct de New York, la D.J à la tiare de presque diamants, ensoleille en démone une de ces salles qui font de Paris une capitale unique, brillante, avec des gens qui réinventent leur époque, la colorent d’images, de formes, de désirs, de souvenirs, de Marc Jacobs (en kilt Comme des Garçons) à Marc Newson, de Martin Székely à Pierre Passebon, sans autre envie ce soir là que de jouer, de s’amuser. Beaucoup de collectionneurs, de beautés en jupes corolle. Karolina Kurkova me présente l’architecte de Brad Pitt, et avec le cousin d’Azzedine on parle de Tunis, le Ruinart coule à flot et nous sommes rue de la Verrerie, comme à l’intérieur d’une flûte de cristal. Pas un seul photographe. Pas d'évenementielle avec sa liste de people qu'elle enverra le lendemain à la presse.. Non, rien de cela. Ce matin, c’est plus dur. Au moment où je reçois un commentaire me demandant « Au détriment de qui, ces socialistes ont –il accumulé tout cela ...» (en référence à la vente Pierre Bergé Yves Saint Laurent), un mail adressé par une certaine Agata Piatkowska, m’annonce : « AMBITIEUSE, DYNAMIQUE ET FOISONNANTE, LA MODE POLONAISE BRAVE LA CRISE ». La première édition de Fashion Week Poland, intitulée en toute modestie « FashionPhilosophy » se déroulera en mai 2009 à Lodz. « L’évènement ambitionne de rassembler les élites de la mode. Il se donne un double objectif : d’abord faire la promotion de la mode internationale sur la scène polonaise mais aussi mettre en lumière les très actifs et innovants créateurs polonais. » On le sait, la mode ne « pousse » que dans les démocraties. La mode est d’abord la promesse d’un respect de soi, donc de l’autre, une forme de considération pour l’individu qui n’est pas réduit à un numéro, une chose informe ou en uniforme, mais à un être dont la représentation est le costume de l’âme, une sorte de visa pour la différence. Mais tous ces festivals de mode, n’ont-ils pas pour conséquence d’entretenir des leurres, de croire que la création se programme comme un plan de carrière national ? Le rhabillage médiatique par la bonne conscience écolo (à Lodz, un « concours de la meilleure création en matières recyclées »), n’a rien de convaincant. Et j’aimerai attirer l’attention sur le fait que trop souvent la mode sert d’alibi à des vocations à péages, entretenues par des écoles, des conseillers, des jurés, des petits bras des premiers rangs, des gentils organisateurs du Talent, toute une armada de consultants et de communicants certifiés, de ceux qui condamnent des générations entières à reproduire des clichés, sur le mode « international », en leur promettant des diplômes et des médailles en chocolat un peu périmé. D'Yves Saint Laurent (devenu à 21 ans le successeur de Dior) à Ralph Lauren(qui a commencé comme vendeur de cravates), à Giorgio Armani (premier métier : étalagiste à la Rinascente), à Paul Smith ou Azzedine Alaïa, les vraies réussites n' appartiennent-elles par d’abord à ceux qui ont contourné le système, inventé leur propre monde, leurs propres repères, avec pour tout bagage la force de leur instinct? Est-ce que les défenseurs de cette liberté là seront-ils bientôt présumés coupables?

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