Le blog de Laurence Benaïm

Le 03 Aoû 2010, par Laurence Benaïm

La nouvelle Prehistoire

  • Lit-Cage et son paravent, Max Ernst, 1974

    Lit-Cage et son paravent, Max Ernst, 1974
    ©Galerie Yves Gastou

En ce début du mois d’août, Paris ressemble à une valise défaite, une sorte d’immense boîte vidée de ses habitants : il y a ceux qui ne partent pas, des familles entières dans des bus encombrées de poussettes ; ceux qui reviennent et s’excusent sur la pointe des pieds d’être encore là ; ceux qui s’en vont, le cœur gros, parce que le grand départ en vacances est le début d’un passage à vide. New York est plus tendre avec ses workaholics. Paris prend ses quartiers d’été en marquant de manière encore assez violente les clivages entre tribus sociales. Les cadres dynamiques sont épuisés. Demain, sans doute, ils embarqueront pour une île sublime où le Blackberry ne fonctionnera pas. Il suffit qu’ils ne reçoivent plus de mails pour se sentir abandonnés de tous. Août marque encore une séparation provisoire avec la maîtresse ou l’amant dont on redoute qu’il ou elle profite de la trêve estivale pour prendre des « décisions ». Aux terrasses de café, des couples s’étreignent comme si c’était la dernière fois. Tout le monde étale son programme : « Vous allez où ? ». Les enfants jouent, les parents trinquent, le rosé de Provence bio arrose les discussions sous les tonnelles. Depuis que Karl Lagerfeld a relancé la mode de la pétanque, le populisme mondain prend ses aises, de Saint Tropez à la Bretagne, où l’on tartine de beurre salé l’actualité plutôt croustillante de l’été. Bien sûr, il y a les «affaires» Woerth, Bettencourt. Les orages financiers. La défaite monumentale des Bleus en Afrique du Sud. Les émeutes à Grenoble. Les plus optimistes voient, dans les victoires des Français en athlétisme, l’espoir d’une nouvelle France Black Blanc Beur, telle qu’elle avait enchanté l’hexagone en 1988. Les plus pessimistes se demandent jusqu’où la tension politique, économique, sociale, religieuse, ira, avant une explosion redoutée. En relisant Jules Supervielle :

- « Pâle soleil d’oubli, lune de la mémoire

Que draines-tu au fond de tes sourdes contrées » -

j’entends comme des musiques étranges, venues ressusciter chez les artistes une part de folie très salutaire. Les rendez vous sont pris : rétrospective Basquiat au Musée d’Art moderne, salon Paris Photo consacré à l’Europe de l’Est (en novembre), réouverture du Royal Monceau signé Philippe Starck, qui s’est inspiré pour les chambres du «boudoir d’André Malraux». Exposition Karl Lagerfeld à la Maison Européenne de la photographie (du 15 septembre au 31 octobre), XXVe Biennale des Antiquaires, du 15 au 22 septembre prochain au Grand Palais,  avec des pièces étonnantes, du lit de Max Ernst (galerie Yves Gastou, photo ci-contre) à l’incroyable scénographie d’Alfredo Arias pour Van Cleef & Arpels, sous le signe des «Voyages Extraordinaires». Au Salon Maison et Objets (le rendez vous des professionnels du meuble et de la décoration),  prévu du 3 au 7 septembre 2010, Elizabeth Leriche, spécialiste des tendances, annonce l’avènement d’une nouvelle « préhistoire » : « Il y a trop de contrastes entre l’hyper urbanité et le nid originel. On voudrait arrêter le temps, le ralentir, faire une pause, pour mieux affronter l’avenir… »

 

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