Le 01 Oct 2010, par Laurence Benaïm
© Lanvin
Comme un trait de craie dans l’espace, statue en mouvement qu’un drapé révèle. Une femme, et trois autres, colonnes en marche, pour un défilé Lanvin, aussi radical que sensuel, dans son rythme, ses silhouettes que rien n’entrave. Une maîtrise d’autant plus affirmée qu’elle s’affranchit de tout détail, là dans ces silhouettes mouvantes, haut collant et jupe longue toute plissée, mercure de soie, fondu enchaîné de gris, de toutes ces nuances de peau et de sable, qui disputent au noir son mystère, ses mirages, alors qu’éclate sur le sol noir, un pur duo corail et grenadine. Variations chromatiques subtiles, couleurs d’étangs et d’encre, de khôl et de rêves fuyants. Les couleurs sont comme revoilées par la poussière de l’été, envahies d’ombres. Avec Alber Elbaz, l’été n’est pas une destination, c’est un sentiment, une sensation. Partagée entre la moiteur des villes tropicales, et le silence absolu d’une maison blanche, un maillot-foulard, des imperméables poids plume, une jupe paréo, les sandales plates dignes du « What shall I wear » de Claire Mc Cardell. L’envie est là. Effets d’écharpes, demi robe plissée juste retenue par une ceinture de cuir brut, comme les traces d’une histoire qui se prolonge de saison en saison, sans jamais s’arrêter, avec ses obsessions, ses manches basculées, cette main couture qui s’empare des tissus les plus techniques, pour faire d’un tee shirt une apparition. Pas de bouton. Des zips. Des tubes de maille portés comme des boubous urbains, carapaces souples, sweat lampion plissé rose fluo, cosmétique des lignes que prolongent sans les contredire, ces débardeurs bijoux, ces mini robes armurées de broderies, ces imprimés eaux vives, plumes en feu, comme autant de manières de célébrer la puissance des femmes, et de rendre au port de tête, comme à la démarche son naturel le plus aristocratiquement recomposé.
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