Le 12 Mar 2009, par Laurence Benaïm
Défilé prêt-à-porter Chloé Hiver 2009 et Défilé prêt-à-porter Hermès Hiver 2009, Paris
Terre & Air, Les collections Chloé et Hermès, sous le signe des amazones. La garde robe vingt quatre heures. On en rêve comme les futuristes rêvaient de la Tutta, et les fourieristes des phalanstères. Partout. Tout le temps. Et surtout en 2009, centenaire de l’autorisation faite en France et aux femmes, de sortir en culotte « à condition de tenir les rênes d’un cheval ou de conduire une bicyclette ». Un siècle plus tard, le falzar reprend du galon. Sous le soleil, Paris reprend des forces et s’anime au passage des héroïnes retrouvées. Attention, pas les vestales emmaillotées, ni les motardes en version copiée collée qui roulent assez vulgairement leurs mécaniques, pour finir, comme dans la chanson « Quand y a pas de place à l’hôtel, il y a toujours la banquette arrière ». Non. Pas touche. Là, on parle de celles qui en jettent. Ce sont pourtant les mêmes, Sasha, Raquel, Julia et les autres. Mais par quel miracle, se fait-il que sur certains podiums, elles aient l’air d’aller à l’échafaud, et sur d’autres, elles avancent, en amazones, sans autre armure que leur allure ? Pour sa deuxième collection créée pour la maison Chloé, Hannah MacGibbon, semble remet à l’honneur, et sans nostalgie, quelques idoles, avec cette touche brit qui rend au temps ses heures sur mesure, et à la fonction sa légitimité : à l’image des châteaux anglais qui ne sont pas des monuments, mais des lieux de vie, ces vêtements, -comme ceux de Christopher Bailey pour Burberry- semblent faits pour être habités, fréquentés, vieillir avec celles qui les aimeront, parce qu’elles se seront senties regardées, aimées, à travers eux. Dans l’egoland parisien, où la course au pouvoir sature l’air de frustrations, de haine, de médisances, le défilé Chloé a un effet détoxinant. Une garde robe très « sport, nuits et voyages ». Jumpsuits et grands manteaux capes en cachemire pour une escapade en Aston Martin. Chemises d’homme en soie qui évoquent en pagaille Lauren Hutton dans American Gigolo. Cuissardes, ou ballerines de soie, les extrêmes se frôlent sans rupture, unis par une vision assez affranchie de ces femmes, Brumell jour et Orlando le soir. Rien n’étrangle le corps, et dans ces grandes chemises à la Reine, le luxe se vit à fleur de peau, comme une respiration, un travelling aristocratiquement maîtrisé sur l’axe New York-Londres-Paris-Tanger. Le film continue, chez Hermès : Jean Paul Gaultier, qui fête ses cinq ans de succès, convie le public à un nouveau baptême de l’air. Embarquement immédiat. Cuissardes, casque à Hélène Dutrieu, et blouson d’aviatrices. Jumpsuits de munitionnettes, mécaniciennes de haut vol au sac Kelly dont les attaches, comme ceux des ceintures, sont cousues en trompe l’œil dans le cuir. Bataillon d’amazones pour émanciper le luxe du voyage, et lui rendre sa note tactile, charnelle, aussi attachante qu’un parfum de sac. La protection sensuelle d’un caban-parka zippé. Le craquant d’un blouson d’aviateur. Le moelleux d’un pantalon d’agneau glacé plus doux qu’un gant. Fait là encore pour durer, et se souvenir…Comme au temps où l’on regardait les Chevaliers du ciel sur l’écran noir et blanc de l’ORTF, et les belles amazones d’Helmut Newton dans Vogue France, on voudrait s’envoler en caravelle, et revenir, en rêvant que tout a changé, tout en priant pour le contraire.
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