Le 13 Mar 2009, par Laurence Benaïm
Défilé prêt-à-porter MIU MIU Hiver 2009
Face à la crise, les tentations exquises réenchantent les sens.
Venezuela Puerto Cabello, Bresil Bahia, Mexique Tabasco : plus la crise va et plus les palais s’affinent. On ne parle plus de chocolat, mais de grands crus de propriété. Rue Scribe, dans la nouvelle boutique écrin de Pierre Marcolini, hier soir, on se bousculait pour savourer quelques délices maisons, palets fins à la passion, nougatines d’amandes, cabochons à la violette ou réhaussés d’une pointe de safran. Une sorte d’eden dédié à tous les fétichistes de la tablette, aux obsessionnels de l’or noir à croquer qui viendront sans doute içi chercher réconfort au cœur de cette étonnante févothèque riche en plaisirs, du « personnel » au « durable », du plaisir de l’enfance (Cacao de Trinidad au nougat de Montélimar) au plus acidulé (avec des oranges confites et des larmes de citron). "Le chocolat, les souliers, c'est passionnel", m'expliquait Barbara, l'épouse de Pierre Hermé. C'est un bonheur de l'entendre parler de son métier, de ses recherches. Avec lui, le mot "amertume", n'est qu'une note de plus ajoutée à la galaxie des plaisirs. La semaine de la mode s’est achevée, sur quelques notes gourmandes. Avenue Foch, Miuccia Prada a présenté sa collection Miu Miu dans une ambiance intimiste, dont les héroïnes aux corps d’éphèbe, buste et bras scintillant d’une poudre d’or, évoquaient Delphine Seyrig, ou Ingrid Thulin.. Dans un savant remixage, la bande son de Frédéric Sanchez, conviait les voix de Geneviève Page (« Entrez, la clé est sur la porte »), et de Michel Piccoli (« Il n’y a pas homme qui ne finisse par se lasser d’une femme », dans Belle de Jour.. Les belles de Madame Anaïs semblaient s’être échappées d’un hôtel particulier de Passy avec leurs souliers Maralex et leur manteaux Franck et Fils, pour se livrer, nues et avec eux, aux caprices d’une machine à rêves. Le charme était au rendez vous. Sur la moquette couleur « nuage de lait », elles se laissaient glisser, soumises et altières. Aiguisés, les talons s’étaient parés d’une baguette d’or. Les manteaux avaient été retaillés d’un coup de baguette magique, pour devenir des robes en lainage largement climatisées, avec subtils jeux de fentes, de nœuds coulants, aux pans battants comme les portes d’un saloon. Les Salomé aux couleurs de macaron semblaient faits pour boire du champagne rosé ou de la crème de whisky offerts aux invités, à la sortie. Dans ces ensembles d’organza aux couleurs couture des années soixante dix, corail, ou bleu lagon, je retrouvais, sans m’en douter, la sensation exquise de ces bâtonnets d’orange ou de gingembre dans leur voile de sucre.
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