Le 01 Mar 2009, par Laurence Benaïm
Défilé Bottega Veneta, hiver 2009-2010
En direct de Milan, le journal des collections de l’automne-hiver 2009
Il ne pleut pas autant à Milan qu’à Memphis, Tennessee, mais, elle fait partie de ces villes que les plus riches fuient le dimanche, la laissant nue et triste, avec des rédactrices de mode battant pavé mouillé du haut de leurs « douze et demi », parmi des petits vieux promenant leur chien, dans ces rues aux façades roses grises, pétrifiées par le froid et l’ennui. Car lorsque les boutiques ferment, la ville est comme punie. Elles ont beau être plutôt vides ces temps ci, les lumières des « flagship stores », semblent éclairer tout sur leur passage, et les curieux entrent, pour découvrir le plus grand magasin du monde Max Mara, qui a ouvert ses portes sur la Piazza Liberty. Pour les professionnels, c’est à l’intérieur des palais que la fête continue, tandis que l’heure est aux « resees », -revoir la collection qui a défilé-, alors que des serveurs en chemise blanche proposent jus de fruits et douceurs, les plus étonnantes restant les pétales de roses trempées dans du sucre et servies chez Gianvito Rossi.
Viale Umbria, chez Calvin Klein, les silhouettes noires flottent dans un show room aux allures de cathédrale, avec dans le même immeuble, la ligne «CK », incarnée par une armée de silhouettes qu’on dirait en deuil, robes portefeuille pour ceux qui l’ont vidé, et costumes d’ex traders en recherche d’emploi, alors qu’au fond, dans l’espace « jeans », un nouveau concept inspiré de l’ « underwear »est en place : des jeans « qui font des belles fesses et des gros kikis » . Un cran au dessus, le rêve prend ses aises chez Bottega Veneta, dans un fondu enchaîné de cabas en croco ciré couleur « lilas », « whisky », de boites du soir en galuchat poudre, selon une palette élevée en nuancier maison par Tomas Maier, au cœur de nouvelles années qui ne sont pas sans évoquer le luxe des années trente, quand, en plein marasme, Daisy Fellows pouvait susurrer sur son canapé de satin dune : « It has to be beige ». On est là comme à l’intérieur d’un macaron, où d’une coupe de champagne rosé, au cœur d’un luxe fait pour être caressé, touché, un fourreau en agneau « nu », plus doux qu’un gant de fée, des fourreaux évoquant un trait d’eye liner et d’autres, en jersey de cachemire, travaillés dans un esprit corsetier. Un luxe qui se déploie à l’ombre de la débâcle annoncée, un monde tamisé où la lumière ne parvient qu’adoucie, filtrée, une lumière à l’or fin venue effleurer un corps sans le sangler, avec là, encore, un manteau d’homme en double cachemire ivoire, des souliers en serpent d’eau, un final de robes drapées, sorte de travelling de Berlin à Hollywood via le Harlem des années prohibition, qui rend la mode sa part d’élévation et de rêve.
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