La dernière image de la Journée de la Jupe de Jean Paul Lilienfield : des jambes voilées de bas clair, des ballerines. Ce pourrait être une scène présidentielle. Ou un cliché des années soixante. Les jambes de Claude Jade ou celles de Deneuve dans les Demoiselles de Rochefort. Non, il s’agit de collégiennes venues enterrer leur prof de théâtre. Isabelle Adjani, jusqu’au bout d’elle-même, magistrale, incarne cette fille de l’immigration condamnée à défendre un idéal républicain et laïque à la force d’un poignet lesté d’un revolver. Celui d’un élève. Les suffragettes du début du vingtième siècle, ne militaient que pour le droit de vote. Et accessoirement portaient des pantalons réservés aux femmes en France pour « faire de la bicyclette ou monter à cheval ». A l’époque, l’Eglise avait fait de ce pantalon, un véritable bouc émissaire, dont a tristement hérité le préservatif… Un siècle exactement après la légalisation du pantalon, ces femmes en jupe pourraient bien être les Résistantes du monde contemporain. Ne militant pour rien d’autre que pour la liberté. Celle d’être, d’aller, de dénoncer tous les intégrismes. Tout ce qui au nom de la religion, isole et entretient la haine. Haine de l’autre, haine des différences, haine des femmes, haine du Juif. « Mais m’dame, c’est pas un délit, c’est une opinion.. » Tout est magnifiquement dénoncé ici. L’antisémitisme des banlieues, comme la violence faite aux femmes. Il n’y a pas d’élève juif dans la classe. Peut être est il dans une cave, torturé, comme Illan Halimi ? Combien faudra t-il de filles violées, d’adolescents battus à mort, de profs défoncés aux tranquillisants, pour que tout cela cesse ? Plus grave peut être que le danger nucléaire, est sans doute la prolifération de cette haine, qui n’a pour revers que le victimisme entretenu par les petits profs altermondialistes, les casseurs de Black Block, et tous ceux pour qui Gaza, la crise, les licenciements, sont une manne inespérée, le ferment d’une haine qui se propage, plus vite que le feu, dans un hôtel Ibis à Strasbourg, ou une mosquée de Chakwal. Cette haine sourde relevée par Denis Levy en dernière page de Libération aujourd’hui. « J’ai plus de connivence avec un Arabe qu’avec un petit bourgeois français : le premier me cassera la gueule, le second me dénoncera ». Combien faudra t-il d’adolescentes fouettées à Kaboul, d’humanitaires et de journalistes décapités pour que soit dénoncé ce fléau là ? Le danger vient aussi et d’abord du silence, de ces « dénonciations » si bien filmées dans la Journée de la Jupe. Bien plus vexatoires sans doute que les contrôles d’identité dans le métro, sont les atteintes quotidiennes aux femmes dont la seule revendication aujourd’hui est de refuser d’être traitée de « sale pute ». Mais là encore, il y aura toujours un coach en désespoir, un pacifiste bon teint subventionné sous sa capuche et des milliers de fans du chanteur de Noir Désir, pour lui prouver, par a + b qu’Orelsan est un artiste, et que ceux qui condamnent, ou légifèrent, sont des vieux, c'est à dire des suppôts du capitalisme.