Le 05 Nov 2011, par Laurence Benaïm
Loulou est morte. Son nom avait illuminé le Paris tout beige du début des années soixante dix, quand cette anglaise enturbannée comme une déesse indienne dansait sur les tables avec Kenzo. Loulou, l'odalisque androgyne, fille de feu, dont Yves Saint Laurent fit sa collaboratrice et sa muse, femme parée comme Nancy Cunard de mille et un bracelets qu'elle faisait étinceler à chaque pas. Loulou la divine au coeur en morceaux, petite fille de l'ombre et de la lumière, aristo gouailleuse élevée dans une ferme et traversant les villes comme une danseuse, liane d'or, femme serpent capable de faire claquer toutes les couleurs en une seule, pour dire d'un petit sweater corail ou d'un bolero frangé: « j'en suis toquée ». Je me souviens de son grand appartement Rue des Plantes, qui semblait contenir Venise et New York, de ses rêves de grandeur, dans sa petite boutique de la rue de Bourgogne décorée par son frère, de ses bijoux qui rendaient fous, ces améthystes brutes, ces bouts de cristal de roche, ces colliers comme des larmes dorées que l'on entourait sans fin, tous ces cailloux de songes, ramassés dans la forêt étrange des rêves.
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