Le 10 Oct 2008, par Laurence Benaïm
Médaillon Coeur, en or, argent et rubis, 1850-1860. Provenance : Impératrice Eugénie.
©DR
Kippour sans jeûner, la gêne partout. À côté de ceux avec lesquels on ne partage pas le rituel, et ceux qui mangent et vous interpellent : « Je croyais que tu n’avais pas le droit d’utiliser ton Blackberry ? » Donc valse entre les deux, dans un Paris dont les boutiques fermées me suggèrent le pire. Imagine t-on qu’elles soient fichées par un réseau antisémite. « Boutique tenue par des Juifs ». Je préfèrerais parfois être à la synagogue pour n’entendre que le gargouillis intestinal de mes voisines.
Au lieu de quoi, en deux jours, des phrases assénées avec une évidente inconscience me collent à terre : « Ma fille… Merveilleuse, le seul problème c’est qu’elle sort avec un juif ». Aurais je mal interprété ? Et le lendemain : « Je vous le dis, le 11 septembre, certains ne sont pas allés travailler, ils savaient... » Déceptions, insinuations, silences, sans doute aussi toxiques que les vibrations d’un cellulaire pour nos oreilles paranoïaques. À part cela, grosse déception. Le film de Woody Allen se digère aussi lentement qu’une paëlla dans un restaurant infesté de touristes.
Je suis allée le voir à la Pagode, je me suis souvenue qu’un même jour de Kippour, j’avais rendez vous, à deux pas, avec Monsieur Saint Laurent. Ce jour là, il était très en colère. Je me souviens de son mot à l’adresse de son chauffeur : « Raccompagnez Mademoiselle où elle voudra ». Le soir même, il me faisait porter des fleurs. Rue de Babylone donc, pour un Vicky… tant attendu.
Il ne suffit pas de détester le matérialisme américain, pour composer un tableau européen. On a du mal à entrer dans cette Espagne dont les gros plans semblent sortis d’une pub pour la Gold Visa, les acteurs, d’une télé novela de luxe, malgré une époustouflante Penelope Cruz prise dans les jupons de son hystérique de rôle qui la caricature un peu trop. Almodovar doit bien rigoler.
Reçu un joli bouquet de fleurs mauves de la maison Céline. Découvert avec délice l’exposition le Grand Frisson, chez Chaumet, où peut être, loin des clichés d’une Europe réduite à son bovarysme, ses chamades et ses noyades sentimentales, on savoure les volutes précieuses de quelques bijoux en forme d’armures sentimentales, dont les codes et les messages se lovent dans des entrelacs d’or et de diamants, à l’image de ce sublime LACD. À retrouver dans un catalogue bijou : Le Grand Frisson, éditions Textuel, 45 euros.
L.B.
Exposition « Le Grand Frisson »
Musée Chaumet, 12 place Vendôme, Paris 1er.
De 10h à 18h, du lundi au samedi.
Jusqu’au 3 Novembre 2008.
www.chaumet.com
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