Le 05 Mar 2011, par Laurence Benaïm
Le nom de John Galliano ne figure plus dans le site Dior. La vidéo publiée par le Sun montrant l’homme déclarer son adoration pour Hitler « n’est plus disponible suite à une réclamation pour atteinte aux droits d’auteur soumise par Citizenside »... Vendredi, dans la salle toute noire du musée Rodin où s’est déroulé le défilé Dior, le nom de John Galliano n’a pas été prononcé. C’était son dernier défilé. Dans la précipitation, l’auteur du dossier de presse a oublié de mettre un y à dandisme, et les Lord Fontleroy comme les marquises en déshabillés couleurs de marshmallows glissaient sous leur capeline des airs de muses sans gourou. Temple de la nécrocouture ? C’est là que Tom Ford présenta un jour son premier défilé Yves Saint Laurent, qui ressemblait à un enterrement de première classe. Vendredi, une maison toute entière a montré son savoir faire, il y avait un peu de tout, mais le point de vue stylistique semblait presque éclipsé par l’unité d’un défi commun : faire sortir cette collection, coûte que coûte, avec ses volants, ses plissés , ses nymphes néo romantiques, et ses sacs. Bernard Arnault n’était pas là. Le défilé s’est terminé dans l’émotion, avec les ouvrières saluant en blouse blanche. John Galliano a-t-il seulement existé ? Dans sa clinique de rehab de l’Arizona, l’homme se sait il réduit au trou qu’il a lui-même creusé ? Tout a disparu, comme les corps du 11 septembre. Fallait il ainsi que les conseillers en communication procèdent à l'épuration formelle de celui dont l'absence augmente déjà la nostalgie? Aux médisances féminines de celles et ceux qui l'ont "si bien connu", (mon John par ci, mon John par là, il n'arrête pas de pleurer....), s'ajoutent les relents mêlés provoqués par l'affaire Renault, sur fond de climat néo vichyste. Haro sur la machination! Tous les patrons sont des manipulateurs!! Et les médias, tiens, ils racontent n'importe quoi! Voilà comment la finance nous gouverne! Révoltons nous! Le dictionnaire de la Bêtise de Flaubert étoffe sa pagination 2011, et la tension est palpable. Alors qu'en préambule, Sydney Toledano, le président de Dior, parle du « devoir de mémoire" et de la déportation de la soeur de Christian Dior à Buchenwald, on entend une voix masculine entonner l’air de « Maréchal nous voilà. » Chaos sur toute la ligne. J’ai honte quand une consoeur m’explique que la « vidéo est truquée ». J’ai l’impression d’entendre ceux qui disent que les tours ne se sont jamais écroulées, ou que les chambres à gaz sont des inventions juives... Fallait il qu'"il" disparaisse ainsi? Voici JG blanchi par l'idolatrie dont s'empareront bientôt et sûrement de nouveaux sites à sa mémoire, en résistance au système. Bref, on nage en plein délire. Le directeur artistique de Balmain serait en HP pour dépression nerveuse. On dit que c’est l’assistante d’Emmanuelle Alt (privée de consulting) qui aurait fait la collection… Sous un soleil hilare, Grazia distribue des faux pistolets, et Carven évoque dans une présentation existentialiste, les silhouettes chères au Castor, jupes écossaises, vestes à carrure et souliers à plateformes. "Bienvenue dans le Paris des années quarante" me lance l'attachée de presse. Fantômes, êtes vous là? On chuchote le nouveau tiercé gagnant : Hedi Slimane chez YSL, Haider Hackerman chez Givenchy, et Ricardo Tisci chez Dior. Mais hier on parlait de Gareth Pugh.Sorcières, transferts, rumeurs, l'hiver 2011 se consomme avec modération. Après l’éclatante leçon d’énergie et de couleur d’Alber Elbaz chez Lanvin, je retrouve Charlotte Aillaud, à la Fondation Pierre Bergé Yves Saint Laurent, et c’est un bonheur de l’entendre quand on la photographie : « Je n’aurais jamais pu être une star, ça me pique les yeux… »
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