Le 03 Juin 2008, par Laurence Benaïm
Ma boîte mails à explosé. Plus de message. Plus de spam. Rien. Juste l’immensité d’un vide.
Yves Saint Laurent est parti, emportant avec lui ses secrets, mais pas ceux des femmes, ces êtres dont il a révélé la personnalité. Il les a habillé avec la force de son talent, l’éclat de ses couleurs, de ces robes, comme des lignes mouvantes, des souffles d’amour. Il ne les a pas « libérées », au sens où il savait trop bien qu’elles n’attendaient pas d’un couturier qu’il desserre des verrous. Laissons les clés des prisons à leurs gardiens. Il a habillé leur capacité à être toutes en une seule. Il a permis à certaines de se trouver. Parce qu’avec lui, enfin, elles avaient un vêtement qui les autorisait à sortir le soir, seules. A ne plus affronter un regard qui les déshabille. Helmut Newton est celui qui a le mieux saisi cette attitude, photographiant une femme, assise sur un canapé, regardant un homme nu qui nous est présenté de dos. Elle ne porte pas de Saint Laurent, et pourtant, elle exprime une attitude Saint Laurent. Une forme de confiance en soi. De capacité à dominer tous les instants de sa vie. A ne jamais tomber. Avec Yves Saint Laurent, les femmes ont trouvé un confident, un complice, l’ami de tous les instants, de toutes leur métamorphoses. Il ne s’agit pas seulement des clientes de haute couture, mais de toutes les femmes, à part les « toutes prêtes ». Celles qui n’avaient pas besoin de lui. Il savait offrir des costumes pantalons, comme des boucliers de grain de poudre, pour affronter le jour. Et des fourreaux soyeux, s’ouvrant sur une jambe immense voilée de noir, avec des escarpins de satin. Pour faire de la nuit, la promesse de toutes les nuits. Je me souviens d’Amalia, arrivant sur le podium, du salon Impérial de l’hôtel Intercontinental, nue sous son vison, avec son cœur de vrai faux rubis, se détachant sur sa peau noire. Je me souviens de ces mannequins, dont il savait immédiatement capter la lumière, en intensifiant ce qu’elles avaient d’unique, une chevelure rousse de conte, une chute de reins, un port de tête. Elles semblaient surgies de ses dessins, elles ressemblaient tant à ses croquis, qu’on avait l’impression qu’ils les avaient dessinées pour les faire apparaître. Or c’est leur présence qui l’inspirait. Les blondes redevenaient des héroïnes un peu glacées, il savait réserver aux Orientales, des couleurs de pierres précieuses, sans jamais tomber dans les poncifs, où les parodies. Je revois son visage tacheté de traces de baisers. Je le revois, un jour roux, un jour blond, le corps déformé par tout ce qu’il avait enduré de souffrances, de tout ce qu’il s’était infligé. Comment faisait-il pour être celui, là ?
L.B.
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