Le blog de Laurence Benaïm

Le 03 Oct 2008, par Laurence Benaïm

MODES D’EMPLOI

  • YVES SAINT LAURENT, collection pintemps-été 2009

    YVES SAINT LAURENT, collection pintemps-été 2009
    ©DR

« Madame, une coupe de champagne vous ferait plaisir ? » 22 heures chez Kaspia. Petits bouquets de roses blanches, et caviar. Paris danse et chuchote sur un volcan de velours. On parle de la crise comme d’un secret qui bientôt va se répandre, une tâche noire sur une robe blanche... Et des gens qui en Suisse viennent vider leurs compte. Et Jermyn Street aux rideaux baissés. Et les épouses de traders remerciés qui n’achètent plus... Et les gestionnaires de patrimoine sur les dents. Et la mode, au milieu de tout cela. « Dans les périodes de récession, les marques surgissent par grappes... » me confiait hier soir Didier Grumbach. Tout devient plus radical. Ceux qui affirment ce qu’ils sont. Comme ceux qui ont peur de tout. Tout se voit plus. Tout explose d’un coup. Tout. Les adieux d’Ivana Omazic chez Céline, qui pour son dernier défilé, plisse les robes de larmes blanches, évide les talons pour y ranger dans l’espace vide d’une histoire enfuie, des ombres et des silences, sur l’air de « Danse moi dans la panique, danse moi jusqu’au repos de mon âme... Danse moi vers la fin de Laura Mars... » Tout. Les yeux de Sophie Marceau, nouvelle ambassadrice de Chaumet, et la conférence de presse Place Vendôme dans une tente spécialement aménagée. Le ciel crache des épingles. La tente tremble. « Mariage pluvieux, mariage heureux » souligne Sophie Marceau. Les yeux d’or. Ceux des tigres de Vanessa Mimran, qui présentait sa collection de joaillerie, comme des tatouages précieux, au Ritz. Jus de pastèque pour oublier Paris sous la pluie diluvienne. Paris glacial. Paris au bord de la crise de nerfs, entre les attachées de presse à vif « nous sommes le bureau le moins staffé de Paris », et celles qui vous reçoivent dans des lieux aux allures de palazzo privé, l’ancien hôtel particulier de Madeleine Vionnet abritant depuis aujourd’hui, la boutique-mansion de Ralph Lauren. Les manteaux de cachemire violet et les longues bottes cavalières en crocodile, toisent les plateaux de chips violets aux cabochons de homard. Paris. Dita avec son feutre saphir et sa voilette, Catherine Deneuve arrivant à l’heure des trois coups chez Yves Saint Laurent, dans son manteau de breitchswang rubis. Sous des armatures métalliques, le défilé commence. Pardessus noir et bottines cages. Rigueur d’une apparition et d’un strict abécédaire tailleur bientôt twisté par les courbes, les « manches coupés à l’Occidentale et montées à l’Orientale », comme nous l’expliquera plus tard Stefano Pilati, up and downs d’opacités et de transparences s’imposant dans un jeu d’ombre et de lumière, robe cône fluides, smoking plus soft, et vestes filetées de cordages « saharienne », costumes plus transparent que du papier de cigarette tissé, en ode à une femme « pas show off, et qui n’absorbe pas la mode ».

L.B.

 

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