Le blog de Laurence Benaïm

Le 15 Avr 2011, par Laurence Benaïm

Ma chere Anne-Laure

Tu n’avais que vingt-trois ans lorsque tu es arrivée au Monde, en 1997. Tu étais venue pour apprendre, et c’est moi qui n’ai cessé d’apprendre à tes côtés.  

Tu as toujours eu pour toi l’intelligence de la beauté et du cœur. Cette grâce qu’on appelle l’allure, nourrie de convictions, mais aussi cette humilité qui te faisait avancer, sans bruit, discrète mais affirmée, présente, intense, avec tant d’exigence.  

Une vie sans amour, est une comédie à tiroirs, disait Goethe. Cet amour était ta tenue quotidienne. Ta discipline. Si élégante, avec tes amis, comme avec tous ceux que tu rencontrais à travers ton métier.

De l’admiration, tu avais fait ton réservoir d’énergie sans limite.  Ces nuits blanches qui se terminaient parfois au bureau, devant ton ordinateur, étaient devenues le disque dur de ta vie.  Tu ne te couchais pas, par peur de ne te pas te réveiller. Un ange à vif.  Je ne te connaissais pas d’ennemis autres que l’incompétence, la médiocrité, l’arrogance de la bêtise, qui te faisaient souvent rire, parfois pleurer, et que tu écrasais d’un coup de talon.   

Au fil du temps, je t’ai vu te déployer, mettre en images ce que tu savais su tracer avec des mots, produire des séries de mode  et des dossiers complets à l’Express Styles. Tu as cet œil absolu dans un visage d’enfant, cet œil qui voit tout, sait s’étonner de tout sans être dupe de rien.  

Tu dormais peu, et tu es partie avec les étoiles.  Aujourd’hui comme dans un rêve, les couturiers te dessinent une robe de larmes.  

Ma chère Anne Laure, les souvenirs me reviennent alors que tu t’éloignes. Et je voudrais te dire tout mon amour et ma reconnaissance, retenir un peu ces rayons, comme je voudrais retenir ce dernier moment de lumière à Milan, le 27 février dernier, à la Locanda Solférino, ce menu ouvert comme un livre de vie qui ne se refermera jamais. Je souhaite que dans ce sommeil là, tu trouves le bonheur dont tu t’es privée, comme par peur farouche de l’ennui. Avec pour titre, celui que tu réservas à ton premier papier : « Sous le soleil exactement ».      

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