Le blog de Laurence Benaïm

Le 24 Nov 2010, par Laurence Benaïm

Marylin, les blondes et la posterite

Il y a des femmes qui rendent aux blondes leur éclat. Oublions Paris Hilton, oublions les présentatrices télé qui se croient obliger de se décolorer pour mieux apparaître, oublions toutes les bimbos du monde. Les blondes, ces temps ci m’étonnent, me bouleversent. Je pense à Catherine Deneuve, dans Potiche, le film de François Ozon. Elle y incarne une épouse provinciale délaissée, qui va bientôt reconquérir sa jeunesse et son indépendance, prenant en main sa vie comme on prend le taureau par les cornes. J’ai pleuré en la voyant danser à l’écran avec Gérard Depardieu, dans cette boîte de nuit kitsch nommée Badaboum. En un film, elle joue tous les rôles de sa vie : princesse de Peau d’Ane, amante du Dernier Métro, bourgeoise de Belle de Jour, elle n’a jamais été aussi parfaite, émouvante, que dans ce film, dont on ressort avec l’envie de rire et de chanter. Les blondes ont la dure réputation d’être moins futées que les brunes et plus crédules que les rousses, les plus rusées. Je crois sincèrement que tout cela finira bien un jour. L’une des révélations de l’année aura été la publication des Fragments, (poèmes, écrits intimes, lettres) de Marylin Monroe. Où l’on découvre que la blonde peroxydée susurrant « Happy Birthday Mr Président » est une femme pleine de doutes, d’angoisses, de passions, qu’il s’agisse de livres ou de cuisine. « à partir de demain je vais prendre soin de moi car en réalité c’est tout ce que j’ai » écrit la star de « Certains l’aiment chaud ». Aurait on imaginé la femme la plus adulée du monde, être aussi attentive aux saisons regrettant qu’ à chaque printemps « le vert soit trop vif ».

« Quand je commence à me sentir déprimée, d’où cela provient-il (dans la réalité) » ? se demande t’elle encore. « Prends conscience de tous les aspects sensibles. N’aies honte d’aucun sentiment ». Sur les feuilles de cahier reproduites en fac similé, on note des ratures qui contrastent avec les apparitions lisses de la star, qu’on savait certes fragile et chimiquement épanouie. Mais là, c’est une autre qui apparaît et qui crève l’écran… des pages. Une femme  mise à nu par ses doutes : « O silence, ton calme me fait mal à la tête et transperce mes oreilles.. » Elle parle des ombres de monstres comme ses « plus loyaux compagnons ».

Soudain, tout s’efface, sans disparaître complètement. Je repense à ce que m’a dit Alber Elbaz, «Les hommes sont puissants, les femmes sont fortes ». La force des femmes est aussi et sûrement d’assumer leurs failles, leurs doutes, leurs errances du cœur, en cherchant à imiter les hommes, elles renoncent à elles mêmes, leur force est d’être différentes avant tout. Marylin, entêtante. Marylin bouleversante. Encore à l’affiche, plus que jamais iconique. Le 20 novembre à Paris, son portrait par Richard Avedon a été adjugé chez Christie’s 169 000 dollars. Certes, c’est moins que la fameuse robe « Happy Birthday », qui s’était vendue 1,3 million de dollars, il y a quelques années, ou encore le piano blanc que lui avait donné sa mère, parti à 660 000 dollars. Mais elle est là, fatalement inscrite dans nos souvenirs, dans nos yeux. Je la retrouve encore, dans un « Vérifax Collage » de Wallace Berman, exposé chez l’excellent galeriste Frank Elbaz à Paris (Be-Bop Kaballah, jusqu’au 24 décembre 2010, www.galeriefrankelbaz.com). Wallace Berman, un maître d’Andy Warhol ? Cette figure légendaire de la scène artistique de la côte ouest, semble avoir magistralement inspiré la génération pop art. Marylin donc, obsessionnelle. Dans cinquante ans, lira t-on dans les souvenirs de Lady Gaga, que ses apparitions avec chapeau-steack et chaussures hautes comme des tabouret la déprimaient plus que tout ? The show must go on. J’aimerai juste pour terminer, vous faire partager ce que Jean Claude Jitrois, le chirurgien du cuir (il a été infirmier avant d’être couturier), me racontait à propos d’une autre divine, également blonde, qui s’appelait Dalida :

« Elle venait rue de Rivoli à l’heure du thé. On faisait les essayages jusqu’à 18h. Elle était toujours maquillée, impeccable. C’était une icône gay, très femme, très maternelle. Tous mes copains homosexuels rêvaient d’avoir une mère comme elle. Elle était très séduisante et avait de l’empathie pour tout le monde. Elle avait cette retenue et cette joie de vivre qui explosait. La tristesse était en fond d’image. C’était un pan d’ombre, un peu de nostalgie du passé, de la perte de la séduction, même si elle avait un corps extraordinaire. Elle ne buvait pas, elle ne fumait pas. Elle faisait tout pour être éternellement en scène. »

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