Le 30 Juin 2008, par Laurence Benaïm
© MATHIEU BRIAND, The Space Ship, 2007. Exposition en Octobre 2009 à la Galerie Anne +
©Rémy Lidereau
Fin du premier acte, les mannequins homme se sont rhabillés, les belles de nuit sont attendues pour les défilés de haute couture. On passe de l’été 2009 à l’hiver 2008 avec une décontraction dont la mode a le privilège. Comment avais je oublié ces assistants-rédacteurs-consultants avec leur immense cabas, et ces directrices que l’absence de sac à main propulse dans le rang des super-heroes de ce temps (pas de sac, donc une limo). Tout va bien. « Le it bag est mort », m’assurait au dîner Stiletto donné jeudi, Ralph Toledano, président de Chloé. Les derniers repères voleraient ils en éclat. Quand le Newsweek parle du post-américanisme, on pourrait parler de la post-sexualité. Collection très X-YSL de Stefano Pilati, pose la question de l’identité. La force des collections de mode masculine, est d’aller jusqu’au bout des propositions, dans une somme d’études trans-genres que subliment les camisoles de soie et les costumes coupés dans un souffle (YSL), les chemises de vent et les chapeaux de paille de Robinson à Vense (Lanvin), les chemises blanches découpées façon toile d’araignée de coton immaculé (Dior), ou encore les artistes en villégiature promenant leur bonheur le long des golfes clairs (Paul Smith). Les saisons se mélangent, la fusion de celles-ci nous met à nu, comme si le futur s’offrait derrière une porte transparente, contre laquelle tout le monde tambourine en vain. No visa, no future. Eté, hiver, croisière. E la nave va. Et samedi, Jeanne Moreau et Sami Frey, pour la dernière de Quartett, au théâtre de la Madeleine : « Seule la mort est éternelle. La vie se répète jusqu’à ce que le trou soit béant ». Ou encore : « Pour une femme, tout homme est un homme qui fait défaut ». « La plus grande chute est celle qu’on fait du haut de l’innocence ». Merci au Monsieur du Franprix de la Rue de Surène, qui m’a offert un stylo bille alors que je lui achetai un bloc « correspondance », pour prendre des notes. Merci à Pierre Gagnaire, rencontré vendredi, pour l’organisation d’un dîner Stiletto, et qui compose devant nous, une symphonie de couleurs, de sensations. « Le bruit pourrait être mental, avec un dessert Textures, comme un amoncellement de matières dures, cassées ». Il faut l’entendre parler du goût, du toucher, des mezze qui fondent doucement dans la bouche. Je retrouve chez lui la force des grands artistes et des enfants, cette disposition naturelle à l’instant, ce sens de la pétillance, qui fait parfois défaut à mes fashion camarades, désormais victimes des blackberry elbow (pouce tordus par l’usage intense de l’appareil). La vie est rythmée par de délicieuses rencontres, et je n’oublierai pas ce pamplemousse pressé au K vendredi soir avec Alain Chamfort et son parolier, Pierre Dominique Burgaud, qui me font écouter, trois maquettes de chansons d’un album à venir dédié à Yves Saint Laurent. Privilège pareil à celui de manger dans les cuisines d’un chef, à onze heures trente, un veau-carottes fumant, que ce concert électro-intimiste. Pieds nus dans ses chaussures fines, silhouette interminable repliée sur le canapé, rides de tendresse, Alain Chamfort me parle de son histoire, avec sa voix qui vous effleure, comme un bambou sur la peau. L’homme de Manureva et de la Fievre dans le Sang, semble avoir mis tout son cœur à ne rien plaquer, à tout suggérer. Le lendemain, il m’envoient comme promis par mail, les paroles de la chanson que je préfère :
"On dit que le bonheur ne tiendrait qu’à un fil
ce fil est l’un des seuls que je n’ai su tisser
je vois toute ma vie devant moi qui défile
jamais je n’ai connu plus triste défilé
j’entends que désormais la couture sera veuve
comme si ce n’était pas moi qui perdais ma maîtresse
ces larmes au fond des yeux de Catherine Deneuve
sont les derniers bijoux que je vous laisse
on dit que le bonheur ne tiendrait qu’à un fil
ce fil est l’un des seuls que je n’ai su tisser
je suis le funambule qu’on sépare de son fil
sans fil il me faudra réapprendre à marcher.
Il vient de commencer le macabre cortège des hommages,
ils diront que j’étais le plus grand
demain j’aurai l’immense et l’odieux privilège de me découvrir mort de mon vivant
on dit que le bonheur ne tiendrait qu’à un fil
ce fil est l’un des seuls que je n’ai su tisser
et si toute ma vie n’a tenu qu’à un fil
ce fil il est venu le temps de le couper”
L.B.
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