Le blog de Laurence Benaïm

Le 15 Jan 2009, par Laurence Benaïm

PATRICIA TURCK PAQUELIER

  • Eau de parfum Flowerbomb, édition Glitter, VIKTOR & ROLF

    Eau de parfum Flowerbomb, édition Glitter, VIKTOR & ROLF

Jeudi matin au téléphone. Une voix en pleurs. Son assistante. M’annonce que Patricia Turck Paquelier est morte. Je reste figée comme une pierre dans le vestibule de la maison Giorgio Armani, Via Bergognone. L’absence. Le trou noir. La honte. De ne lui avoir rien dit. De n’avoir pas su lui demandé ce qu’elle voulait, ce qui lui faisait le plus plaisir. Elle m’avait invitée à dîner le 27 novembre dernier à la Table du Lancaster, et j’avais été surprise par l’organisation presque méthodique de ce rendez vous, dans ce lieu qu’elle maîtrisait avec une efficacité discrète, connaissant parfaitement les plats. Elle était pour moi le modèle d’un succès que rien ne semble atteindre, sur lequel rien ne peut avoir de prise. Certains l’appelaient PTP. Ce soir là, elle était Patricia. Me parlant de Viktor and Rolf, auxquels elle offrit les clés d’un monde olfactif, et surtout de Giorgio Armani, avec une tendresse rare, comme un roseau prêt à se rompre. Je l’avais rencontrée la première fois au début des années quatre vingt dix dans les locaux d’Yves Saint Laurent Beauté, après le rachat de la maison par Sanofi. Pierre Bergé venait d’annoncer le lancement de « Champagne, un parfum pour les femmes qui pétillent ». Je l’avais vue arriver dans sa veste rouge, un peu trop épaulée, affrontant avec la force de son ambition, le monde plein d’épingles de la couture. Ce jour là, elle me parla de menthe froissée, nous allions travailler ensemble sur ce projet. Je me souviens du dossier de presse rouge et or, de la colère des producteurs de champagne qui réussirent à faire interdire le « jus » rebaptisé « Yvresse ». Chez L’Oréal, elle avait prouvé, à la tête de la division Luxe, que la créativité était la promesse de tous les désirs à renouveler. Femme de tête. Femme de sens. Femme de pouvoir résistant à tous les pièges que ce dernier lui tendait. Faisant de l’intuition sa performance, avec le lancement d’Antidote, du duo hollandais. Allant jusqu’à choisir Martin Margiela, le couturier fantôme, -allergique à toute apparition médiatique- pour être le héros d’un parfum dont le lancement est prévu en 2009. Les années et les saisons ne semblent jamais avoir entamé l’extraordinaire foi qu’elle éprouvait pour ceux qui s’exposaient à fond, totalement, dans ce qu’ils faisaient. Elle me parla ce soir là du « wouah effect ». Son Blackberry était posé sur la table. A la vie qui la quittait, elle n’opposait que la dignité d’être là, pour une semaine, pour un jour, pour une heure.. Je la savais souffrante, mais la force avec laquelle elle dissimulait son mal, lui donnait une présence irréelle, silhouette métronome, rythmant de Paris à New York ces journées en forme de compte à rebours. Elle enfila son manteau Armani, l’armure noire d’une orchidée. Je lui montrai le petit salon dans laquelle nous organisions de temps à autre, des dîners Stiletto, son taxi réservé l’attendait, elle s’en est allée dans la nuit.

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