Le 19 Nov 2008, par Laurence Benaïm
Image 3D du showroom Notify réalisé par Ron Arad à Milan, prévu pour 2009.
Sur mon écran, la boule d’Intuix envahit la page blanche. Je rentre, les enfants ne dorment pas. Lait chaud à la vanille, tartine et banane, la nuit s’alourdit enfin, sous son manteau en poussière d’étoiles. J’enlève mes low boots, mais tout bouge encore. J’ai soif. Des ronds il s’en échappe par milliers entre les vagues d’acier et les spirales de Corian, comme les mobiles d’une planète autour de laquelle nous avons tourné, un peu raidis par le manège mondain d’un rituel vrillé par un génie de la courbe : Ron Arad, au Centre Pompidou. On le salue, on lui dit qu’on a l’impression d’être sans sa tête, il dit « Welcome », tee shirt XL et casquette vissée sur le crâne, le regard faisant des bonds, aussi rapide que sa silhouette est floue, lui, dont Ingo Maurer dit « sa perception fonctionne comme un radar…comme s’il voyait au-delà des choses ». Nous tournons, nous nous saluons, et passent et repassent les galeristes (Kamel Mennour, Taddaeus Ropac), les sommités du luxe et les invités venus d’Italie, du Japon (Issey Miyake) ou d’Israël à commencer par le maire d’Holon, où Ron Arad inaugurera en 2009, un musée du Design. Au même moment, un nouveau showroom Notify sera en construction à Milan, autour d’un bâtiment ancien sous l’emprise d’une méduse métallique venue lui voler la superbe dans un puits de lumière. Maurice Ohayon, créateur de Notify, est là, comme un funambule inspiré qui a trouvé le sens d’une vie dans ces projets où l’architecture taquine les nuages, secoue la terre de convulsions, dans une sorte de bande dessinée post urbaine. Il m’explique que c’est à Zaha Hadid qu’il a confié la réalisation de son show room parisien.
La planète parisienne est en effervescence. Il y a ceux qui montent au cinquième pour un verre au George. Ceux qui attendent. On fait le bilan des soldes presse de la journée. On se raconte le spectacle de Valérie Lemercier. Il faut faire une demi heure de queue pour accéder à l’exposition. Par une sorte de subterfuge diplomatique, nous voici, happés par ces chaises prêtes à se refermer comme des coquilles géantes sur leurs proies, colonnes sans fin s’offrant sur l’écran courbes pour former des ellipses, des anémones géantes de métal capables de déplacer le mouvement, de réorganiser les lignes. Ron Arad ne modifie pas seulement l’espace, il bouleverse la perception qu’on a de celui-ci, déroulant son ruban de Möbius d’un geste ample et généreux. Des « Maserati Headquarters » à la Millenium House de Qatar, la fiction et la réalité se télescopent dans un grand bal digital où nous redevenons comme les otages amusés d’un personnage qui s’amuse à transformer une bibliothèque en wagon circulaire coulissant sur un rail géant de métal. Ron Arad a l’air prêt à tout tordre pour mieux envelopper le monde de ses rêves mouvants. Sa chaosphère semble parfois surgie de nos années James Bond, les vraies, les bonnes, les ultimes, pour nous emporter de l’autre côté du miroir, là où un tapis devient à la fois sol, table, bar, plafond, amnioworld de toutes les renaissances.
L.B.
Ron Arad, “No Discipline”, jusqu’au 16 mars 2009 au Centre Pompidou, Galerie sud, niveau 1, Paris 4ème. www.centrepompidou.fr
Ron Arad Architecture, Nathalie Pasqua, Elsa Lemarignier, Enrico Navarra, 446 pages. Un vrai livre de référence, avec de nombreuses interviews, et un texte passionnant de Cinthya Fleury.
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