Le blog de Laurence Benaïm

Le 14 Nov 2008, par Laurence Benaïm

Risottos & Mottos

  • Jacques Grange par Pierre Passebon aux Éditions du Regard, 2008.

    Jacques Grange par Pierre Passebon aux Éditions du Regard, 2008.

Quand j’entends une chef de service mode dire « au moins, je vais plus souvent à Pékin qu’à Aubervilliers », j’ai envie de pleurer. Journée de présentations hier à Paris. Les vêtements et les accessoires du printemps 2009 trônent entre les petits macarons et les sourires, dans l’euphorie d’une saison qui n’a pas encore commencé, et dont les soldes presse de l’hiver 2008 marqueront le vrai avènement. J’avais donc mis mes Tod’s de combat pour un circuit de l’Alma à la rue d’Argoult, en passant par la Madeleine, avant de retrouver Attilio Codognato et son épouse, pour un dîner aussi moelleux que l’intérieur d’un risotto à la truffe blanche, chez Mori. Pierre Passebon nous raconte l’arrivée de Berlusconi sur son stand, à la Biennale des Antiquaires ; il nous parle encore  des dessins qu’il a prêtés pour l’expo Tarzan en juin 2009 au Quai Branly. En janvier, il expose sa collection de photos de Marlène Dietrich accumulées depuis quinze ans. « Mais celle du paparazzi qui l’a prise en train de dormir, je ne la mettrai pas… » J’aime son air passionné d’éternel jeune homme, un peu triste que Bob Wilson, qui lui avait promis des dessins, ne le rappelle pas.

Mori nous apporte une « marquise »  nue sous son fourreau de jambon de Parme. Jacques Grange nous régale de ses souvenirs. Il vous entraîne sur le ton de la confidence dorée par les soleils mouvants de Paris et de Marrakech, dans des espaces où rôdent les ombres de ces années faciles, où tout le monde se tutoyait sans se connaître. La fiction y retrouve, sur un air un peu planant, des amitiés que le temps ne dissout pas. Paris, avec Yves. Il sait avec quelques mots, raconter les silences de celui qui disparaissait lorsqu’il « n’aimait pas », pour laisser toujours œuvrer Pierre Bergé. Pudeur des sentiments, émotion presque tactile, toujours hantée par les chimères et les méduses, les ensorcelantes personnalités que furent les Marie Laure de Noailles, chez laquelle il éprouva un choc, à cause du salon de Jean Michel Frank. Il me dit « Tiens toi droite ». Et la conversation repart, après un petit blues collectif sur le thème d’une époque « en panne de désir » ; « pourquoi hier, à New York, ce magnifique Lichtenstein n’a-t-il pas été vendu ?? » . On est tous là, témoins de cette drôle de « grève du shopping », que Paris survient toujours à sublimer, avec ses lumières et son sens de la conversation.

New York, début soixante dix, par un jour de pluie, une limousine passe, François Marie Banier, crie « Sylvana Mangano !! ». Elle leur ouvre la porte et les invite à monter avec elle. Denise Grey, dont Arletty disait : « Celle-ci, son talent c’est sa santé !! ». Elvire Popesco, qui tend son passeport au douanier qui ne la reconnaît pas. Et elle, à son chauffeur : « Cette tournée me tue... » New York encore, où Jacques Grange se retrouve dans le salon de la fille du shah, avec pour voisin, Orson Welles. En repartant,  je ne sais plus si j’ai dix ans ou dix fois plus, mais j’ai fait le tour du monde, nous saluons Philippe Starck et Yasmine, enveloppés d’ombre et de tendresse. . Attilio se souvient de Iolas qui lui avait commandé un gilet en diamants, pour avoir chaud, et sentir les pointes aiguisées de cette pierre inrayable lui titiller le buste. J’aime tout ce qu’il rend possible, à l’image de ses bagues serpents qui vous ensorcellent.  L.B.

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