Le 03 Oct 2011, par Laurence Benaïm
Lanvin, Printemps/ete 2012
Lanvin, printemps/ete 2012
Paris est une fête électrisée par la température romaine, la nuit blanche, l’envie démultipliée par l’effet crise de faire sauter tous les bouchons des non dits. « Ils vont en prison ou quoi ? » se demandait un badaud hier à l’entrée de la halle Freyssinet. C’est vrai que les gens de la mode font la tête, parfois, qu’ils bullent dans leur limousine noire, chevilles tordues par les standing ovations obligatoires (les bancs qui s’écroulent chez Balenciaga), et les longues traversées surélevées dans la poussière des Tuileries chauffées à blanc. « La Tour Eiffel est gris fluo », me dit ce taxi, « et moi j’ai une migraine de toutes les couleurs ». L’été 2012, c’est un peu cela. Acid remix et vaudous warholisés sixties, éternel retour des 50, 60 balayées par un orage noir et blanc des églises de l’avant-garde en posture. On s’incline chez Lanvin, où les robes flottent dans le noir, comme des vapeurs de tulle plissés retenues par les épaules, Diane serpent, Diane aux croix noir scintillant dans une nuit gris mousseline. Les moments d’émotion, pareils aux interstices, aux jeux de fentes, aux découpes dorsales, s’opposent aux démonstrations genreuses de certains défilés qui plombent un peu le décor, mais pas autant que la rumeur, grosse vedette de cette saison au bord de l’insolation. La rumeur qui gonfle, la rumeur qui nous plombe le ciel d’un nuage de province internationale, mais oui, façon tricoteuse devant la guillotine, mais Mark-n’a-pas-signé-chez-Dior- et- Raf- il -va -chez YSL- et-Philo- c’est sa dernière saison chez Céline ». Si la presse people a marqué le début de la décennie, c’est autour du gossip de se substituer à l’information, le point de vue du pouvoir s’étant substitué à la simple appréciation esthétique, au point de vue critique. Celui qui n’est pas sur la liste, serait hors jeu. L’ensemble est assez étouffant, d’où le bonheur de retrouver Paris dans la lumière que tous ces crazy people venus de Shanghaï, Moscou, New York, lui renvoient, allumant les feux d’une capitale ayant une fâcheuse tendance à laisser ses progénitures se dévorer. D’où la folie de samedi soir, à la fête de l’Officiel, les 90 ans joyeux fêtés dans le labyrinthe serpentin de chez Maxim’s, sans boa, mais avec la foi, oui c’était la boom retrouvée sur un air de champagne, des vrais sourires, la joie d’être là, loin de la morgue prestance de circonstance.
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