Le blog de Laurence Benaïm

Le 02 Oct 2008, par Laurence Benaïm

SONIA EN LIVE

  • Les 40 ans de Sonia Rykiel, la Balustrade, Domaine de St Cloud, collection printemps-été 2009

    Les 40 ans de Sonia Rykiel, la Balustrade, Domaine de St Cloud, collection printemps-été 2009
    ©But Sou Lai

En live, au cœur du Parc de St Cloud, une tente illuminée, ou s’élèvent bientôt des cris dans la fumée, parmi les tables blanches et les serveurs en noir… 

23h27, le baiser moelleux au chocolat n’est pas encore arrivé, mais ils sont plusieurs centaines dans la salle à attendre ce défilé, dans une ambiance électrique. Je suis assise à la table Pomme, entre Ruth Elkrief et son mari et Didier Grumbach qui vient de laisser sa place à Marvin Traub. La lumière s’éteint, les images clignotent. Pascal Bruckner, Régine Desforges, les amis, les proches, les moins proches, les belles de toujours, Annabelle d’Huart, ils sont tous là, sans oublier Lionel Jospin aspiré par les caméras et les micros. Un rideau noir cache le podium. On pourrait être au Pavillon d’Ermenonville, quelque chose nous rappelle à tous une barmitsvah, un mariage, une fête.  

On entend « Nathalie, est ce qu’on peut démarrer ??… « Tu m’envoies les filles… » Sonia est spectactrice, dans le noir, on aperçoit sa chevelure rousse. ET la lumière s’allume alors que James Brown élève la voix. Moteur. Le show commence. Béret de paillettes, camaïeu de blouses, sur « My everything ». Shanatova. Le méga dîner défilé scintille dans l’euphorie d’une fête, celles de toutes les décennies passées, de ces tableaux étoilés de crinières blondes et mousseuses, de garçonnes en costume XL et en robes sous lesquelles dansent les plus beaux seins de Paris. « Une femme qui a de jolies jambes, elle joue avec ses jambes. Une qui n’a pas de jolies jambes, elle fait comme ci ». Et voilà... Des shorts et des cache cœur. Cette lumière comète sur une planète de cachemire ou de soie noire. Au-delà des saisons et des hivers, au-delà des modes, on se sent chez elle à l’intérieur d’un rêve noir. Crazy Rykiel, avec des filles qui se donnent la main et d’autres qui portent leur chapeau comme un cœur en bandoulière. Et puis bientôt, les voici, comme des roses tombées d’un bouquet, fleurs de plumes dansant sur « les moulins de mon cœur » en anglais. 

Dans le noir, j’aperçois Sonia qu’on emmène, donnant des mains à un homme et une femme qui l’emportent. Elle sourit, disparaît. Malaise volatilisation orchestrée pour la public appearance ?  La foule n’a rien vu, applaudit le tableau. Tournez manèges, voici Grace Jones dans la Vie en Rose. D’autres lumières, et des roses doux comme l’intérieur d’un macaron, des amazones dont les sacs et et les chevelures se confondent. Blue belles girls de satin et de soie, en manteau de paradis, cabaret d’un one two two rive gauche, pervenche et mauve, rose saumonée et noisette pour des minuits sans fin. La musique est là, qui rappelle à tous les forty something que nous sommes, l’euphorie des premières permissions de minuit, avec des robes couleur de champagne faites pour l’amour. Quelques mots de Nathalie, et l’anniversaire est là, aux couleurs de ces trente pièces uniques créees par Giorgio Armani, Stella Mc Cartney, Alber Elbaz, Jean Charles de Castelbajac… Le modèle se confond avec ses créations, tant celles qui les portent ne cessent d’incarner cette rousse en noir, apparue ici avec une poupée (Alber Elbaz), là, dans une robe qu’elle ne cesse de tricoter, son écheveau de laine la suivant sur des roulettes (Jean Paul Gaultier),  au milieu d’un podium transformé en parterre éphémère. La mode oublie son arsenic pour ne garder que ses dentelles, et nous emporterons de cette soirée, -malgré la confusion de l’après, et de cette foule quasi condamnée à l’exode sous les arbres d’une forêt un peu maussade- le souvenir d’une surprise pour maman, dans le crissement de ces robes qu’on aurait dites en papier, et d’une petite fille tressant des couronnes dans le préau, pour la fête d’une fin d’école qui n’aurait jamais complètement commencé.    

L.B.

 

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