Le 08 Oct 2010, par Laurence Benaïm
©didier marcel
Deux femmes se font face, immobiles. Les trains passent. La blonde griffée H& M (39,95 euros), et la brune, Babeth Djian photographiée par Karl Lagerfeld. Le quotidien du métro pendant les défilés qui s’achèvent, réplique souterraine du dispositif scénique : le podium, les invités. Sauf qu’aujourd’hui, comme le disait Cocteau, « il n’y a plus personne dans la salle parce que tout le monde est sur la scène ». Qui pose, qui joue, qui regarde, qui cherche l’autre avant d’être le point de mire ? Expérience étrange que découvrir au musée d’art moderne de la ville de Paris, en même temps que l’exposition controversée des photographies de Larry Clark, l’installation de Didier Marcel, joliment baptisée « Sommes nous l’élégance ». Figures humaines contre paysage imaginaire. Dans la première, une accumulation de moments volés ou posés, dans l’outrance annoncée de ce clitoris adolescent chatouillé par deux garçons, de ces sexes masculins offerts à la convoitise des badauds de plus de dix huit ans. Je vous conseille de prolonger la visite, pour basculer, au cœur d’un autre univers. Dans le silence blanc de Didier Marcel, (Galerie Michel Rein), la nature et l’homme échangent des correspondances secrètes, aux confins de la réalité et du trompe l’œil, de l’artifice rendu à son aristocratique dépouillement. « Une fenêtre sur le monde », dit l’artiste, dont le Labour,comme un morceau de croûte terrestre trempée de rouge, fait basculer le visiteur dans une autre dimension. Au sol, la moquette rayée, inspire une impression de vitesse, on est comme dans un TGV renversé. Illusions d’optique, grillage de voie de chemin de fer sérigraphié sur le mur, sculpture qui pourrait être le torse de Zeus ou le tronc d’un arbre géant, les faux semblants sont ainsi ordonnés avec tant de rigueur, que la beauté jaillit de ces tubes de métal rouillé reproduisant sans les imiter une famille de cerfs. Une beauté qui n’a d’autre raison d’être que le mystère dont elle procède. Loin de toutes les surexpositions du moment, de l’art réduit aux commentaires (moraux ou spéculatifs) qu’on projette sur lui une expérience radicale, complètement hors du temps (tel qu’il est fractionné, réduit à des « coups »), et pourtant si justement contemporaine. Un vrai moment d’élégance.
Didier Marcel, sommes-nous l’élégance ?
Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Jusqu’au 2 janvier 2001 www.mam.paris.fr
Stiletto 224, rue Saint-Denis, 75002 Paris - Tél. : + (33) 1 47 20 26 55 - Fax : + (33) 1 42 60 03 08