Le blog de Laurence Benaïm

Le 08 Mar 2009, par Laurence Benaïm

Sonia Rykiel, Christian Lacroix

  • Défilé prêt-à-porter SONIA RYKIEL, Hiver 2009 et Défilé prêt-à-porter CHRISTIAN LACROIX, Hiver 2009

    Défilé prêt-à-porter SONIA RYKIEL, Hiver 2009 et Défilé prêt-à-porter CHRISTIAN LACROIX, Hiver 2009

Image du jour : Sonia Rykiel, debout, chevelure incandescente émergeant du noir, saluant, bloquée par des chaises vides, devant l’ascenseur intérieur de sa maison-boutique du 175 boulevard Saint Germain. Telle Katherine Hebpurn, dans la comtesse aux pieds nus de Mankiewicz. Au bord de ce danger que la nuit éclaire de ses larmes en strass, avec ses belles de défilés qui se donnent la main, s’enlacent, sourient. 22h. Le premier défilé s’achève, un autre lui succède. Ce soir, les grandes muettes ont déclamé leur texte en boucle devant un parterre d’invités redevenus les spectateurs d’une pièce éphémère, hiver de maille et de lurex, mots douillets 100% cachemire, prose de satin, petits bouts d’essai et de seins chuchotant sous la maille « très cher pull over », des invitations à la danse : « Qui veut être mon prince charmant ?? » Le temps s’efface sous nos pas, la pluie dilue les apparitions. On voudrait retenir comme des secrets chuchotés au creux de l’épaule, les esquisses mouvantes de Christian Lacroix, toupies, corolle, dentelles fusain, pourpoints-amphores, bouillonnés en fusion sur un corps redevenu la pièce à conviction la plus intimiste d’un bal dont le décor s’efface, -un garage rue de Turenne, et quelques bouts de miroirs de récupération pour toute parure-, ne laissant plus au couturier que la certitude de ses rêves inspirés. Venise-Paris, des bals anciens redevenus familiers, parce que si contemporains, dans l’allure, le mouvement, l’intention. Là, où tout n’est pas que « statement ». Un peu comme si soudain, la dictature d’une clique de consultantes anorexiques s’effaçait, avec leur sacs d’os grinçant sous des blousons de rock star, pour laisser aux courbes et aux rubans le temps d’éclore, de se nouer, de prendre appui sur des zones érogènes redéfinies à l’infini.. .Là où les lamés vieil or et l’organza bronze patinés, sont comme les échos d’un monde ancien, des clairs de lune que ces filles aux yeux d’opale rendent présent, visible, si émouvant. Belles, au point de donner l’illusion que ce sol de ciment est de marbre, et que nous glissons, avec elles, dans un vaporetto de songes, plus ivres de cet élixir là, que de tous les vins d’assemblage servis parfois dans des coupes de cristal.

hitorique du blog de Laurence Benaïm

Stiletto 224, rue Saint-Denis, 75002 Paris - Tél. : + (33) 1 47 20 26 55 - Fax : + (33) 1 42 60 03 08