Le 14 Oct 2008, par Laurence Benaïm
Présentation Azzedine Alaïa, printemps-été 2009
Ça se passe comme ça chez Azzedine Alaia, un coup de fil, pas d’invitation écrite, et nous voici dans son antre de la rue de Moussy, aimantées par les coups de génie de ce marabout couture qui à coup d’épingles, sait mater les plus indomptables peaux, pour les faire siennes. Russes ou orientales, blondes ou brunes à la peau d’ambres, elle défilent donc, devant un parterre de rédactrices, d’amies, d’acheteurs, ardentes belles d’un jour en Afrique dont il capte l’essence, avec des couleurs de feu et de savane, et d’autres, plus indécises, flottant comme l’air rose au dessus d’un désert endormi. De jupons de raphia noir khôl, aux mini perfectos de python blanc, de nus pieds de coquillage en micro chemises-blousons aérant des robes noires, le tour est joué, magistral. D’un polyester gris, il fait une robe libellule, d’une popeline blanche, il invente un tailleur d’été, avec cette aisance à rendre au sommet de la sophistication, l’expression d’un corps, que serpentent des lignes en mouvement, là où un soutien gorge de peau devient armure, victorieusement décolleté en v devant, et fermé par une double bride dans le dos.
Ici, la silhouette, ainsi sanglée, n’est jamais prisonnière, elle s’adonne, dans un jeu de cambrures, d’élévation, de taille remontée, de gorge soulignée, de hanches redessinées au millimètre, à cette géométrie barbare qui fait du couturier un devin, un chirurgien oeuvrant dans un temple dont le Dieu serait une femme. La force naît de cette allure, ponctuée de sandales masques, de ces fétiches devenus parures, formant la plus pure invitation à l’été 2009. C’est le tribalAlaïa, la quintessence d’un style aussi universel, qu’il est précis, à l’image de ces intérieurs de blousons travaillés comme des sacs, ces robes obéissant au doigt et à l’œil, en somme à l’instinct, dans ce qu’il peut avoir de plus aristocratique. Le soir, dîner Stiletto au Lancaster. Anouk Aimée se souvient de Jean Genêt, qui la prenait par le bras, en lui disant : « Les hommes vous regardent, et je les choisis ».
L.B.
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