Le blog de Laurence Benaïm

Le 02 Juil 2008, par Laurence Benaïm

Tropicouture blues

  • Soulier “Monsieur” en hommage à Yves Saint Laurent, par Bruno Frisoni, collection Haute Couture Automne-Hiver 2008-2009, Roger Vivier.

    Soulier “Monsieur” en hommage à Yves Saint Laurent, par Bruno Frisoni, collection Haute Couture Automne-Hiver 2008-2009, Roger Vivier.

Dans Paris, transformé en véritable fournaise, nous passons des collections croisière aux défilés couture, comme d’un espace climatisé à un lieu où il faut imaginer le froid par quarante degrés sous le soleil, dans la moiteur d’un air qui fait fondre les make up, mais hélas, pas ce qu’il y a en dessous. Je n’ai jamais les bonnes armes pour répondre à ceux qui vous marchent dessus pour franchir la zone interdite, ils ont des lunettes noires et parfois des chapeaux, on dirait que la moiteur augmente la disposition naturelle à la sauvagerie, dans ce Paris où les poubelles s’entassent sur les trottoirs, où les conversations se réduisent autour de « Vous partez quand ?». Cet exode obligatoire et consensuel marque l’ambiance déjà brouillée par d’autres thèmes : 1) “Le téléphone portable est il cancérigène ?” 2) “Non mais tu l’as vue, celle-ci…” Face à l’attaché de presse qui nous fait dire par la standardiste qu’il déjeune, à celle qui prend tout l’espace dans un salon où nous avions rendez vous, j’ai toujours mon petit Flaubert dans la poche « la bêtise fait mal, on ne peut que se cogner contre ». Saint Laurent est là, en statue du commandeur, au dessus des pré-collections marquées par un retour du safari look, tandis qu’un envahissement du rose semble annoncé. Les effets de volumes se multiplient dans une arborescence de tissus à effets, nœuds géants, manches gigots XL ou ballons un coup de baguette divinatoire. De Chanel à Christian Lacroix, le rêve s’allume d’éclairs, de visions animées de songes et incrustées de broderies qui se déplacent sous nos yeux, comme autant de mirages. « Robe de mariée en satin gorge de colombe » à plastron et jupe tablier de dentelle brodés « paséo ». Grandes manches auréolées de tulle enluminé nouées de faille rose dragée ». Christian Lacroix réenchante la forêt dans festin de volants, de plissés, de soutaches, là où toutes les religions, tous les rituels, communient en un seul, de capulets en obis, de Belles de Cadix en Belles Otéro de mousseline amande et parme. La vision de Mimette D, en robe rose Barbie me ramène à la réalité. Le défilé est fini, et nous repartons vers d’autres cieux. Le studio de Bruno Frisoni, chez Roger Vivier, est aménagé comme celui d’un défilé-témoin, avec quelques chaises (dommage, elles sont noires et pas rouges et or), et en bande son, Catherine Deneuve. Petit poème d’Olivier Saillard, comme un « haïkuture »
« Sur des talons plus fins que des aiguilles
Qui épinglent des fleurs et des plumes
Qu’on dirait d’un paradis éteint,
Des chaussures, tout juste sorties du papier
Et d’un sentiment ému, racontent à petits pas,
A peu de mots une discrète et noble attention… »
Parmi les fées pointues, « Monsieur », un soulier de satin et velours noir, brodé d’un épi de blé en perles, cuir et laminettes dorées, par François Lesage, d’après un échantillon réalisé par le parurier pour la maison Yves Saint Laurent, en 1986. Bruno Frisoni nous dit qu’il n’a pas connu Yves Saint Laurent, mais que celui-ci lui a communiqué sa passion pour le métier.
L.B.

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