Le 28 Fév 2009, par Laurence Benaïm
Jil Sander, hiver 2009-2010
Le défilé Jil Sander hiver 2009 par Raf Simons, à Milan
Avec lui, on a parfois l’impression de passer d’un clip des Pussycat Dolls à un concert live de Philip Glass.Tout à la conscience d’être investi d’une mission, c’est en thérapiste des apparences, en curator de la ligne exacte, que Raf Simons présente, dans le show room immaculé de Jil Sander, la collection femme de l’automne-hiver 2009. Au-delà de la théâtralisation du message (« Acte 1 : hommage à Jil Sander. Acte 2 : Hommage à Paul Chambost »), au-delà de toutes les citations formelles à Pierre Cardin, Claude Montana, Thierry Mugler, c’est en obsessionnel des lignes et des courbes tracées au laser qu’il mène la danse, hypnotisant presque la salle avec ses vestes sans bouton, ses pantalons marqués d’un pli, ces paletots en cachemire double face, dans lesquelles on imagine volontiers la première dame de la République, qui trouverait ici de quoi s’affranchir de toutes les citations à Jackie Kennedy pour parfaire, d’une manière ultra contemporaine, une allure qu’elle maîtrise de la tête aux pieds, ici chaussés de ballerines pointues, aux couleurs de lipstick et de sodas. Ultime touche d’excentricité pour surmonter l’implacable rigueur d’une robe-tailleur en trompe l’œil, aussi parfaite pour une visite officielle que pour un aller retour à la Tefaf de Maastricht.
Là où d’autres pourraient forcer le trait, transformant un vestiaire masculin en une panoplie ennuyeuse de « basiques », Raf Simons le sublime avec des matières d’une sensualité extrême –le mélange de cachemire et de chinchilla-, portées sur la peau nue, fort propos qui rend au dépouillement sa luxueuse nécessité. Mais l’exercice de style se précise avec les modèles inspirés des céramiques du fameux Paul Chambost, vestes –clepsydres, robes et doubles robes dont les pans s’ouvrent comme le col d’une céramique, d’un vase dont les creux seraient marqués par la taille, tandis que les coudes viennent épouser les vides, dans une sorte de puzzle organique en jersey néoprène, ou drap de laine extensible. Formes arrêtées dans l’espace, épaulettes en crin de cheval pour maintenir en extension un bec d’épaule, apparitions sculpturales venues parfaire la beauté d’un corps sur lequel il multiplie les points de tension, dans une sorte d’exegèse anatomique. Une histoire de contours et de mouvements, de tracés millimétrés qui ne sont pas sans évoquer le jardin zen du Ryoan Ji, à Kyoto, pour une sorte de défilé, qui remet l’esprit des formes à l’honneur, entre maintien et souffle, tension et fusion : un appel d’air qui propulse la mode dans un présent futur salvateur.
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