Le 04 Nov 2008, par Laurence Benaïm
"Be The Wonder Woman You Can Be : Les aventures de Diva, Viva et Fifa", par Diane Von Furstenberg
« Se basant sur le concept d’une déterritorialisation de la création artistique, le collectif Rhizome, lors de sa première présentation, tente une spatialisation éphémère et temporaire. » On croit parfois rêver. La pluie de spams et de mails qui s’abat sur nos ordinateurs nous brûle la tête. La mienne est pleine de messages, et dans « l’espace d’interpolation » que sont désormais certaines galeries, il me faut encore de l’énergie pour oublier que tout est si codé, et que l’attachée de presse Wolford venue cet après midi à la rédaction avec sa valisette pleine de dessous recelait tant de mystères : « Voilà la P.J ». Elle voulait parler du porte-jarretelles. À part cela, de vernissages en projections, de pluies torrentielles en éclaircies printanières, d’openings en closings, Paris vibre à l’heure du suspense rive gauche - « on croise les doigts pour Obama »-, et des histoires tristes que me raconte mon coach alors que je me débats avec les lianes synthétiques de la planche Pilates pour parfaire la position « Frog » - :« il jouait au poker et au Casino, après il a commencé à boursicoter sur Internet. Et voilà, il est ruiné-.
Au Café Carlu, croisé Jean Baptiste Mondino, qui sortait de la gym et commandait un Paris Beurre. « Toi, tu sors du musée » ; C’est bien, en face de lui, on a toujours l’impression d’être moche. Le musée, il dit qu’il n’y va jamais. Il se demandait comment photographier Jeff Koons avec lequel il avait rendez vous le lendemain. Je l’ai félicité pour son travail, et pour ses croquis préparatoires que j’adore. Il m’a dit, « j’ai appris en regardant les vitraux, dans les églises. ». C’était dimanche dernier, après une visite à la Fiac, cour Carrée. J’avais la tête qui flottait un peu, encore aspirée par le paysage sans fin de Laurent Grasso, prix Marcel Duchamp 2008, histoire d’un bloc « erratique » échappant à sa condition de « corps graviataire pour devenir aérolithe ». Up and downs, on vous dit.
Hier, gros blues après « Tokyo », un film trois en un signé Michel Gondry (« Interior Design) », Leo Carax (« Merde »), Bong Jon Ho (« Skaking Tokyo), mettant en scène chacun des personnages livrés à l’enfer d’une mégalopole dont ils seraient les pantins animés : une jeune fille sans travail devient une chaise, une créature hybride très inspirée par l’homme à la tête de faune du Cremaster de Matthew Barney, créée la panique en mangeant des fleurs, léchant des jeunes filles, et jetant des grenades sur la foule ; un « hikkikomori », de la génération des nouveaux ermites urbains vit reclus avec ses rouleaux de papier toilette, ses catalogues et son téléphone quand surgit la livreuse de pizza qui bouleverse sa vie… La fiction et la réalité se télescopent dans une sorte de triple parabole de la vie contemporaine, un peu déjantée par ses peurs. Peur de la maladie, peur de l’autre, peur de la peur, peur de la différence, peur de l’air, peur de parler, peur de la solitude, peur d’être plutôt rien qu’autre chose.
L.B.
Visuel : bande dessinée "Be The Wonder Woman You Can Be : Les aventures de Diva, Viva et Fifa", par Diane Von Furstenberg, qui présente en parallèle une collection capsule inspirée de Wonder Woman.
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