Le 24 Nov 2008, par Laurence Benaïm
Sonia Rykiel by Martin Margiela, défilé anniversaire, printemps-été 2009.
©But Sou Lai
Dehors tout est gris et nous entrons dans les musées comme des voleurs de couleurs. Ce sont des mondes immenses qui s’ouvrent à nous, aspirés par les soleils sans fin de Dufy, ces mers joyeuses aux dessus desquelles flottent des drapeaux de vent et de soie. On se roule dans l’espace arc en ciel de la Fée Electricité, une chromothérapie de novembre. Une heure plus tard, devant moi, dans la pénombre, deux amoureux s’embrassent et occultent l’écran. Ils sont couchés sur le grand carré noir qui sert de canapé pour visionner les défilés et interviews Sonia Rykiel au Musée des Arts Décoratifs. L’exposition ne s’appelle t-elle pas Exhibition ? L’architecture du lieu se prête peu aux grands élans sensuels, la maille dont la « cashemere queen » avait fait le symbole d’une libération est ici rangée dans des vitrines thématiques, -des wall paper dresses aux marabouts- mise en boîte fondée sur le principe d’une accumulation plus digne d’un archivage que d’une vraie mise en scène. Où sont les femmes ? Aussi, lorsque la voix de Sonia Rykiel, jaillit parmi les couleurs, c’est un moment de respiration, de vie, « pour exprimer la superbe, l’ivresse, je travaille dans le désarroi… » Le luxe qui jaillit est celui d’une personnalité. Noir encore, noir toujours, des centaines de gens couchés pour regarder « Terre Natale, Ailleurs commence ici », de Raymond Depardon et Paul Virilio, magnifique fresque en images, réalisées à partir de témoignages en Mapuche, Occitan, Kawesquar, qui sont moins d’une centaine, établis dans le Sud du Chili. Où il est question de migrations urbaines, de flux, de peuples autochtones, véracité d’un contenu qui caressera les altermondialistes dans le sens du poil, tant il est vrai que des mots comme « camps », « déportation », qui désignaient encore il a peu un moment unique dans l’Histoire qui s’efface sous leur pas, se banalisent de manière dangereuse. Le tour du monde en 14 jours de Raymond Depardon, révèle, dans l’anonymat flottant des villes, des silhouettes, des visages, communautés hispaniques de L.A, femmes pressées de Tokyo, au cœur d'un tourbillon calme et parfaitement maîtrisé, au cœur de cette présence-absence dont ce génie du cadrage, deus with machina, a le secret. À chaque fois, tout le temps, on se demande, « Mais où est il ? », et la prouesse est une leçon d’humilité.
L.B.
Sonia Rykiel, Musée des Arts décoratifs, Paris, jusqu’au 19 Avril 2009. www.lesartsdecoratifs.fr
Terre Natale, Ailleurs commence ici, Fondation Cartier, Paris, jusqu’au 15 mars 2009. http://fondation.cartier.com
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