Le 26 Sep 2008, par Laurence Benaïm
Silhouettes Versace et Max Mara, collections printemps-été 2009
©DR
Une boite de métal imprimé zèbre avec à l’intérieur, trois mini bouteilles : «Enjoy my Coca Cola Light !» signe Roberto Cavalli sur la carte accompagnant l’invitation à la «Glamourous Night» performée lundi dernier par les Putafranges From Paris. Dans cette boite de nuit à ciel ouvert à laquelle ressemble parfois Milan, avec ses créatures en état d’incendie permanent, fausses Eva Mendes à l’affût des «don’t miss occasions», le luxe s’offre parfois d’apaisantes parenthèses. C’est une rue, la via Santo Spirito, placée entre la Via Sant'Andréa, et la Via Montenapoleone, où après Balenciaga et Antonio Marras, Gianvito Rossi vient d’ouvrir sa première boutique de souliers située dans un palais du dix huitième siècle. Opulence beige moelleuse des années soixante dix, larges canapés et même « shoe library » semblent parfaire une idée moins syncopée du temps, idéale pour palper, humer, essayer ces low boots de veau noir, bientôt fin octobre à Paris, rue du Mont Thabor. A quelques pas, Paola Bay (Zoraïde) présente en étage sa collection de sandales soyeuses inspirées d’un voyage en Inde, et exclusivement réalisées à la main «avec des petits talons, pas plus de cinq centimètres, car mes clientes- surtout celles du Moyen Orient- ne peuvent plus marcher perchées...» L’actualité du monde ne semble pas atteindre ce monde où l’on raconte qu’un émir, furieux d’être pris à partie par un douanier, alors qu’il prenait place dans un avion privé, brisa net la pierre qu’il venait d’acquérir...
Le temps file si vite que Tomas Maier, chez Bottega Veneta, a lui imaginé un luxueux cabas de python tressé vert de gris, à l’image d’une collection où l’or se fond avec les cuivres et les ambres, les cuirs roux coupés au laser faisant écho aux boubous surgis d’une savane couture. Dans le show room de la viale Piceno, le luxe est de toucher, de laisser ses doigts s’enfoncer dans un sac «pouf», de soupeser les colliers d’ambre et les escarpins de python au talon de métal torsadé. L’été 2009 se dessine en douce, entre African Queen et mantes religieuses plus dépouillées que les cimaises de leur nouveau penthouse-terrasse, nouvelles nonnes de luxe purifiées par le blanc absolu, vesperal à la Fendi, avec des superpositions de jupons pareils à des frises, des robes-auras couleur de lune. Plus tard, Donatella Versace électrisait son teatro de la Piazza Vetra avec une impressionnante galerie de tops au top, jambes fusées sous robes de Diane chasseresse zippées.
Le matin même, la procession blanche de Max Mara mettait en scène un vestiaire masculin détourné, de la chemise blanche au pantalon de charpentier. A ma gauche Babeth Djian, la rédactrice en chef de Numéro, me donnait sa «top list» de la saison : Jourdan, Chanel, Heidi Monnt, Constance, Artenis, Tony («à tomber»), Ana J, Sigrit «elle a ouvert Jil Sander et a fermé Prada». Quand on est assise, les masques tombent. Est-ce l’été qui vient ou celui qui s’en va ? On se sent presque pieds nus, les mots flottent et se chuchotent entre deux apparitions, souffles de robes bientôt évaporées dans la course qui continue sans fin. Babeth me parle du Rwanda, de la soirée qu’elle organise le 30 novembre prochain à l’Espace Cardin pour créer un centre pour enfants handicapés, et je la trouve formidable.
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