Le blog de Laurence Benaïm

Le 17 Fév 2009, par Laurence Benaïm

intimités sous influence

  • "Les Paradis Secrets d'Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé" de Robert Murphy, photographies d'Ivan Terestchenko, éditions Albin Michel

«La veille de son mariage avec François-Henry Pinault, qui s’est tenu le samedi 14 Février à Paris, Salma Hayek est passée à la boutique Vannina Vesperini s’offrir un ensemble de la ligne Merveille, de couleur rubis.» Hier, en recevant ce mail au bureau, j’ai eu la désagréable sensation que le monde, fut-il de soie, était en train de se déchirer. True woman show. Lune de miels en danger. Intimités griffées. Déplumées. Et ça n’arrêtait pas: telle star d’Hollywood avait été surprise avec le dernier it bag de Roberto Cavalli, quand Sienna Miller arborait sur fichier joint celui de Marni. Possession, quand tu nous dépossèdes. Autant de mises à nu occultant l’essentiel, ce trou qui n’en finit pas d’être creusé, opposant deux mondes, l’un, affamé de tout, de proies, d’idoles, de rêves sur ordonnance, de l’autre, celui qui, pour vivre heureux, doit vivre caché, à l’abri des radars. Même le silence se met à parler. Dans l’album monumental que consacrent Robert Murphy et Ivan Terestchenko aux «Paradis secrets d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé» (Albin Michel), les fantômes esthétiques surgissent au coin de chaque page, se révélant au détour d’une gerbe de blé, d’une folie en forme de datcha (la maison de Deauville) d’une statue africaine (le studio de l’avenue de Breteuil), d’une salle à manger de bambou (Tanger) et révèlent, sous l’épaisseur des tentures ou dans l’accumulation de détails, des identifications inspirées. «Salle de bain de Saint Laurent» : on est parfois juste frappé par la manière avec laquelle les visites numérisées ne s’encombrent d’aucune forme spéciale de politesse. On entre sans frapper, comme ça. Dans le Figaroscope, on parlait même la semaine dernière «d’Yves» et de «Pierre». Mais pas plus qu’on ne peut réduire un artiste à sa vie, on ne peut l’enfermer dans un décor, fût-il à facettes. D’autres ombres, d’autres mystères ont trouvé refuge dans l’immensité d’un regard qui n’est plus là, mais qui semble nous dire, «ne me secouez pas, je suis plein de larmes».

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