Le 07 Mar 2009, par Laurence Benaïm
Défilé Jean Paul Gaultier, Hiver 2009/2010
« Avec mes poils de rat, je rase les murs… » Confession d’une rédactrice en chef avant le défilé Gaultier. Dehors, les anti-fourrures crachent leurs insultes. En vingt ans et des poussières de défilés, je n’ai jamais ressenti une telle violence. Dans les mots, les attitudes, les silences, les attentes. La tension. Avec en fond d’écran, l’atmosphère « drôle de guerre » entretenue, sur fond de crise, par le retour des voilettes et des manteaux de renards dignes de celui de Deneuve dans le Dernier Metro, mais aussi par le sentiment que tout est possible, le pire comme le meilleur. Les vrais sourires semblent plus solaires. Les silences plus tranchants. Les commentaires plus vains. L’indifférence plus odieuse. On se calfeutre dans les voitures avec chauffeur. Où dans l’imaginaire des créateurs découpant au scalpel leurs visions dépouillées de toute anecdote, de toute échappée belle. Fini les voyages d’inspiration. C’est à l’intérieur de soi qu’il faut fouiller pour cultiver des souvenirs que les autres n’auront pas pillé..Cette immatérielle beauté qui se passe de logo, mais pas de reconnaissance. D’où l’impressionnante performance de Jean Paul Gaultier, cultivant ses obsessions le long d’un boulevard du crime hanté par quelques lesbiennes de choc en costume à brides néo-punk, ou à l’intérieur d’un de ces lieux sublimés par Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut), et avant, par Pauline Réage (Histoire d’O). Un podium donc, tel le donjon de Sanois, où se promènent des belles au visage voilé d’un loup de résille et de satin noir, en robe d’hôtesse, ou en manteau de vison doublé de satin saumon. Le X, découpé, ajouré, repris en surimpression, revient comme un leitmotiv. Parka en cuir à visière intégrée façon Cardin, casaquins de démones, trench à dos ajouré, fantasmes adultérins entre jeux d’ombres et de lumières, tout le vestiaire de Venus Erotica est en place, à bord de ce cargo de nuit où Coco Rocha improvise un match de catcheuse, et vient saluer, mains noires de suie, et bracelet de faux diamant au poignet… Les mannequins se prennent au jeu, entre soumissions volontaires et jeux interdits dont cet incroyable masque de cuir aux yeux fermés est l’emblème Voir pour être vu disait Mikli au début des années quatre vingt. Etre vu sans voir, semble dire celui-ci, alors que sur « Love is in the air » le défilé s’achève..Scoop du jour, pour la première fois, Lara Stone a souri.
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