Le blog de Laurence Benaïm

Le 03 Mar 2009, par Laurence Benaïm

les nouvelles invasions barbares

  • Défilé DSquared², collection automne-hiver 2009/2010

    Défilé DSquared², collection automne-hiver 2009/2010

Plus de filtre, plus de garde fou. Tout va vite. Le rêve est un chef d’œuvre en péril, l’important c’est l’instant. Celui qu’on arrache, celui qu’on attrape au vol. Reality show ? Chez D Squared, les mannequins qui défilent sont comme des « people » surprises par des paparazzi, avec leur gobelet de Starbuck, et leurs robes de satin étranglées par un gros pull, leurs strass et leur perfecto, érigent en mythologie l’image de la « fille d’aujourd’hui ». Tout feu tout flamme. Cash & trash. Brillant mix and match de soir et de jour, de vieux et de neuf, de sport et de Puces, pour un éloge du système D. Pas de scrupule, pas d’a priori, tout est bon à prendre, on est toutes des stars, quoi. Mais le show passé, c’est à Malpensa, que la vision d’un mannequin aux jambes pas plus épaisses que des bras, fait un peu frémir. Mardi, la course s’est arrêtée nette. On repart de Milan, avec le sentiment que la crise a comme un peu plus durci les choses, sous l’emprise absolue de l’instant, du « mood », de l’arbitraire des consultants en image, opposant au savoir faire leur art du faire savoir. A une histoire trop longue à raconter, ils préfèrent le culte de la recette. Sans autre dieu ni maître que Tom (Ford), ils injectent deux à quatre fois par an, cette dose de botox sans laquelle les marques en quête de réenchantement, redoutent de paraître, vieilles, démodées. Services tarifés à 10 000 euros jour pour effacer les rides d’expression, proposer une nouvelle identité visuelle. Et gonfler artificiellement des traits, sans aucune garantie de résultat. A la différence des entrepreneurs qui prennent des risques, ceux là, agissent en gourous, pour entraîner ici et là quelques accidents de parcours, qui se terminent par des liquidations, licenciements etc.. Triomphe de l’individualisme. Opportunisme à tout va. Tout aspirer. Tout prendre. Tout mélanger. Ne retenir de l’Histoire, qu’une collection de signes, pour des copiés-collés en pagaille, qui feront leur effet sur le podium. Les années soixante avaient tout leur temps. En regardant les défilés de Milan, on se dit que celles qui s’avancent dans un bruit de bottes, basculent dans une sorte de nouvel état sauvage. Retour à la barbarie urbaine sur fond de guérilla rock. Femmes-vautours, femmes prêtes à se vendre pour une robe de soie cloutée de lumière, trouvée au marché noir. Derrière les vertiges de music-hall, et les citations plus ou moins heureuses à Yves Saint Laurent –collection Libération-, les manteaux de renard semblent chargés de parfums maléfiques. La chasse aux sorcières à commencé. Plus de bling bling ni d’élites cloisonnées dans leur écrin. Pendant que les grands oiseaux de proie agitent leurs ailes noires sous les spots, les appels à la haine se propagent sur la toile. Sous l’autorité anonyme des inquisiteurs du rêve, des fossoyeurs de mémoire, l’armée des ombres est en marche. Cui cui, les corbeaux, le repas est servi. A table !

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