Le 09 Mar 2011, par Laurence Benaïm
Louis Vuitton automne/hiver 2011
Des ballons géants et noirs flottant dans le ciel, des soubrettes à coiffe et tablier blanc, une tente toute noire, un décor noir dans lequel quatre liftiers ouvrent la porte de fer forgé aux mannequins surgis du sous-sol. C’est le fétichland de Marc Jacobs chez Louis Vuitton. Incroyable démonstration de savoir-faire rhabillée de main de maître, dans le glissement progressif du serre taille SM en manteau de jour, de la see through blouse noire en chemise de Dominatrix dressée sur ses stiletto monogram ou ses bottes de latex. Parfaite maîtrise, jeux de ligne et boxy jackets en cascade que n’altèrent pas les casquettes Portier de Nuit harnachées d’un loup, dans ce prodigieux hommage au métier taillé et retaillé dans tous les sens. Chaque passage est présenté avec son it bag. Spectacle venu dire la réalité d’une époque partagée d’un côté entre l’effervescence et la peur, l’euphorie boursière des recommencements que traduisent les lignes sinueuses néo 50, et de l’autre, les épaules très Dames du bois de Boulogne des années noires. Un contrepied en forme de talon aiguille aux croquenaudes de Karl Lagerfeld chez Chanel, dont les visions hantées par Siefgried et les forêts wagnériennes se sont transformées en un chant de bataille aux charbons ardents fumants sous la verrière du Grand Palais. Quelle rivalité animent ces invincibles en combinaison de tweed, quelle guerre sont-elles prêtes à livrer pour écraser l’ennemi ? Ne serait-il pas juste le temps qui file ? « Apocalypse now » titrait ce matin le Women’s Wear Daily, alors que la semaine de la mode s’achève dans un étrange sentiment de malaise, provoqué par l’affaire Galliano, mais aussi par tout ce qu’elle révèle dans cette France où la peur de tout, finit par faire le jeu des extrêmes, de toutes les rumeurs. Qui manipule qui ? This is the question, alors que l’étau se resserre de façon étouffante. Que les critiques de mode sont aujourd’hui faites par des enfants de neuf ans avec un appareil numérique. Que les journalistes des quotidiens se limitent aux marques qui ne comptent pas parmi les annonceurs, laissant les plus faibles victimes de ces lapidations verbales qui assurent une pseudo légitimité aux dites chroniqueuses. Que dit la mode de la saison ? Que le repli néo conservateur triomphe, livrant les possibilités de subversion à la grammaire sexuelle de tous les vices de la lorgnette, fin de siècle (mais il n'a que 11 ans!!!, too old to live, too young to die??) que dévore l’attente d’un changement en forme de cataclysme aussi redouté qu’attendu.
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