Edito

TOUS LES ARC EN CIEL DE PAUL SMITH

C'est dans son show room du Marais, un magnifique hôtel particulier de la rue des Archives, que Paul Smith a présenté sa collection du printemps été 2018. Sur la moquette mauve et face un panneau accordéon rainbow, les silhouettes se dressent, prêtes à tout affronter, ville, voyages, ailleurs : Suit au To Travel, blousons d'aviateur poids plume, fleurs à la Giorgia O'Kiefe chemises hawaïennes, et gibecières rouges, le ton est donné, avec le petit poisson emoji clin d'oeil au marché aux poissons de Tokyo. Et surtout, la vie est là, toujours, tout entière contenue dans la ligne, le goût des belles matières et l'euphorie pop d'un été qui fait splash. Paul Smith, c'est une manière royale de faire danser les couleurs, toutes les couleurs, de les tremper dans un bain d'ombres de lumières qui les redessine, les étire, leur donne une présence singulière, fait de chacune un autre noir possible, même si c'est un jaune strident ou un mauve de boîte à bonbons. Rien n'est jamais trop sucré ni acide, le retour aux costumes dont il a le secret comme aux robes de soie imprimée, est une invitation renouvelée aux villégiatures urbaines, de Paris à Los Angeles, sous le soleil d'une inspiration intacte, optimiste. Paul Smith fait plus qu'habiller son époque, il a rend heureuse, lui redonne confiance, mêlant souvenirs et instantanés, remisant de saison en saison ses rayures signature. Le colorama d'une aventure qui dure avec la même passion depuis plus de quarante ans. Cheers.
pierrebergeyvessaintlaurent1.jpg
Edito

PIERRE BERGE, POUR LA PASSION

Pierre Bergé s'est éteint à 86 ans ce vendredi 8 septembre. Il laisse le souvenir d'un homme de combats et de passions. Libre. Celui dont le nom est sur les cartes d'invitations de l'inauguration des deux musées Yves Saint Laurent, l'un à Paris, l'autre à Marrakech. Et nous sommes tristes, émus de savoir qu'il s'en est allé. Parce qu'avec lui, la culture, les livres, le théâtre, l'opéra, s'imposaient naturellement comme un langage, comme une nourriture primordiale. Comme la promesse d'un lien avec tout ce qu'il défendait, les artistes en particulier. Parce qu'il s'emportait, parce qu'il disait qu'il fallait transformer les souvenirs en projets. Parce que lui qui ne montrait jamais ses sentiments, nous laisse orphelins d'un monde dont il était à sa manière le maître, l'apprenti sorcier, lui, venu d'Oléron, avec ses rêves et son ambition. Avant le "coup de tonnerre": cette rencontre avec Yves Saint Laurent en 1958. Et puis la fondation de cette maison de couture, en 1961. Avec lui, pour lui. Ensemble. Au nom de cette passion restée intacte, dont ces lettres à Yves (Gallimard, 2011), révèlent la force, irréductible au temps qui passe: « Les années passent, mais les sentiments nobles et généreux demeurent. Sans toi, je ne serais peut-être pas celui que je suis. Sans moi, je ne l’espère pas mais je le pense, tu ne serais pas ce que tu es. Ce grand aigle à deux têtes qui cingle les mers, dépasse les frontières, envahit le monde, de son envergure sans pareille. C’est nous. Et quand je dis nous, je pense avant tout c’est toi. Joyeux anniversaire. Pierrot la tendresse."