Edito

Nous nous attendions à une ville grise, une ville de béton et d’usines dévastées. Une ancienne cité radieuse de l’industrie italienne, devenue le mouroir des trente glorieuses, revampé par Eataly et la truffe blanche bio. Nous avons découvert une ville de pierres et de palais aux plafonds sculptés, avec ses anges peints en trompe l’œil et ses artères de Cinema Paradiso,  une ville où les néons des années cinquante, « Bar », « Cinzano » éclairent les façades tatouées dans la nuit de pleine lune. Finanziera piémontaise, au restaurant del Cambio, chorégraphie de maîtres d’hôtels en livrée blanche, Turin, première capitale italienne avant Florence et avant Rome, rappellent les chauffeurs de taxis, si fiers de l’héritage des Savoie, dont les pavillons de chasse font partie, des trésors de la ville, au même titre que le suaire de Jésus dans le Duomo crème. Turin, ce fut ce week end bien sûr le triomphe d'Artissima, une foire d'art contemporain, pétillante d'énergie, de nouveaux talents, tranchant avec les démonstrations de pouvoir et d'opulence que sont devenus trop de rendez vous européens. Ce fut l'inauguration d'OGR,  musée imaginaire d'une ville où se mêlent Shirin Neshat et une statue exfiltrée du Museo Egizeo, un véritable lieu réaménagé dans d'anciens hangars de réparation de locomotives. Mais aussi Paranormale, ou l'étonnante collection de photos, d'objets, et les installations de Tony Oursler à la Pinacothèque. Prodigieuse Turin, vibrante et lumineuse ville d'Ettore Sottsass et de Carlo Mollino, comme une salle de bal à ciel ouvert où la vie et l'art fêtent leurs noces kaleidoscope.  EN PHOTO: YUVAL YAIRI, @pobielski contemporary  #artissima