opera

Alors oui c'est cela la magie: à l'Opéra Garnier, Sidi Larbi Cherkaoui chorégraphiant le Boléro de Ravel (1928), dans une scénographie, la première pour l'opéra de Marina Abramovic, avec des costumes de Ricardo Tisci et des lumières d'Urs Schönebaum. Constellation de danseurs dont les arabesques sans fin, se déploient entre ciel et terre. Liens retrouvés entre art et mode, au delà de toutes les liaisons dangereusement commerciales.  "Le véhicule avec lequel je m'entraîne doit être stable mais surtout flexible pour que le mouvement soit le plus fluide et le parcours de l'energie le plus clair possible. C'est presque de l'ordre de la méditation", avait confié à Rosita Boisseau Sidi Larbi Cherkaoui en 2013 (editions Textuel). On voudrait retenir ces moments absolu, la grâce de ces corps qui s'enroulent et se déroulent devant un miroir projetant leurs silhouettes mouvantes à l'infini, ou voudrait capter ce point d'équilibre parfait, cette manière qu'ils ont de rebondir justement naturellement, sans rien rompre, juste comme si leur corps coulait de source, nimbé de ces combinaisons à tatouages de dentelle blanche, comme cousues sur la peau.  Tout tourne, tout se métamorphose devant nous, tout se déploie dans une extrême pureté, du côté des étoiles portant doublement leur nom. Et l'on se prend aussi à rêver, parce que tout clignote. Oui, c'est aux entreprises privées de financer des fonds pour la vocation dans ce pays où si 150 000 élèves sortent chaque année des radars de l'éducation nationale, combien sont ceux qui n'ont jamais été à l'Opéra, à Versailles, au Louvre? Pourquoi ne pas enseigner l'esthétique à l'école? Pourquoi la police de la pensée a t-elle exclu la culture autant que la mode? Pourquoi ceux qui crachent sur la finance et la mondialisation, se trouvent si tolérants à l'égard du communautarisme et de ces corps qu'on cache au nom de la diversité culturelle? Pourquoi les professeurs qui organisent des sorties se trouvent confrontés à la raideur des administrations? Dans le combat de coqs dont nous sommes les témoins, on oublie peut être que les territoires perdus de la République sont liés à des villes où trop d'usines ont fermé, où il n'y a plus de librairie, où l'espoir qu'a toujours représenté la connaissance est mort. N'y a t-il pas la place pour la transmission, la vraie, celle qui redonne la parole aux historiens, aux experts, aux passionnés, et pas aux apparatchiks pour qu'ils suscitent des passions, des envies, des rêves? C'est sur le terreau de l'ignorance que germent la haine et les extrêmes.